Dans son premier roman, Diana Filippova emmène son lecteur dans un monde dystopique où règnent violence et lutte des classes. A l’image de notre société, elle dresse un portrait cinglant de cette société, à travers le portrait de son jeune protagoniste Valentin. 

Valentin est un jeune homme né dans les Confins, ce no mans land où sont reclus ceux qui n’ont aucun droit aux yeux de cette société fictive inventée par l’auteure. A l’heure où les classes populaires tentent de se soulever, où le pouvoir de l’Oligarque (chef ultime de ce monde) est en danger, Valentin par un subterfuge mis en place par sa mère, va s’immiscer dans les hautes sphères et prendre part, malgré lui, à cette résistance.

Une dystopie sociale

Même si le début de roman peut nous induire en erreur et nous perdre, Diana Filippova ancre son récit dans une société fictive. Elle en dévoile peu à peu ses codes et son vocabulaire, peut-être parfois un peu tard, ce qui nous plonge au début dans une certaine incompréhension. Cependant, on comprend vite que notre héros, Valentin, n’est pas de ceux qu’on nomme « la nomenklatura » ou bien « Les Hautes Sphères », ceux qui possèdent le pouvoir. A l’instar de certaines dystopies sociales, Valentin devenu Valentin Croissard tente de se faire un nom et d’accéder aux classes supérieures.

« Elle s’est assise en face de moi, a bu une gorgée de vin « Tu veux monter en grade ? Très bien. Prépare toi à escalader une montagne si haute que sa cime se perd dans le ciel, si raide qu’elle semble dressée comme un seul bloc de pierres devant toi, si escarpée que tes vêtements deviendront des haillons. Toujours partant ? » 

« L’amour » est un de ces moyens, faire un mariage avec quelqu’un d’un rang supérieur ou bien entrer dans la communauté des Crémieux, qui vend les services sexuels de jeunes hommes aux classes supérieures. « La violence », c’est ce système politique sur lequel repose cette société, née après La Grande Boucherie, cet événement qui aurait décimé la population dans une guerre civile violente.

L’auteure construit les rapports sociétaux, les manigances politiques des uns et des autres, ainsi qu’une résistance. Elle déconstruit les rapports sociaux puisque dans son monde, l’amour ne semble plus exister, aucune histoire d’amour ne file l’histoire comme dans presque tous les romans. Dans ce monde ne subsiste que la violence.

L’élévation et la chute

La famille est un des thèmes abordés dans ce roman, celle de Valentin est des plus mystérieuse tout en étant un élément majeur du roman. Il y a ce père inconnu – comme tous les pères dans ce livre visiblement – puis Jeanne sa mère, domestique dans une des familles des Hautes Sphères, qu’on apprend être membre de la résistance, qui agit sous l’égide d’un certain Raoul. Tous les liens de parentés sont confus et inexistants dans ce roman, ou bien ils servent le pouvoir, notamment Gabrielle, fille de l’Oligarque dissidente. Les liens entre les personnages sont difficiles à tisser et à comprendre dans ce roman. Seulement, les liens du sang ne sont importants que lorsqu’on fait partie des classes supérieures, reflet de notre société.

« Voilà j’ai un nom. Un nom donc une identité, une identité donc un statut, des privilèges, une certaine liberté »

Une élévation possible ? Si une idée de rébellion est mise en place dans le roman, elle agit dans cette institution qu’on nomme le purgatoire qui permet à des élèves des Confins de pouvoir intégrer les classes supérieures et ainsi s’élever, douce utopie de notre propre système scolaire. Mais c’est aussi un roman sur l’échec, sur les difficultés à vivre dans une société imparfaite, sur la difficulté d’un soulèvement populaire et les conséquences qu’affronte un monde inégalitaire. C’est la chute du personnage principal, celle de la rébellion mais aussi du système politique qui a été instauré pour être juste après la Grande Boucherie.

« La médecine de la Patrie pouvait presque tout mais elle n’a pas pu s’affranchir de cette douloureuse condition humaine : il faut être deux pour faire un. »

Diana Filippova signe un premier roman dystopique, miroir de notre société et des nos erreurs. La figure de son personnage principal, Valentin, ni attachant ni sympathique, nous en dit long sur le chemin que chaque individu doit encore parcourir pour arriver à un monde juste et égalitaire.

« L’Amour et la Violence », Diana Filippova, Editions Flammarion, 352 pages, 21€