Dans ce court récit, Barbara Balzerani retrace la vie de trois générations de femmes en Italie : sa grand-mère, sa mère et elle-même.

Barbara Balzerani dresse un portrait intense de l’Italie et de ses changements radicaux au cours de ces trois générations. Un livre sur la place de la femme dans un pays qui ne laisse que peu de droits pour qu’elles puissent s’épanouir et jouir des droits essentiels.

Un pays bouleversé

En toile de fond, ce sont les changements d’un pays qui sont racontés. Des champs où travaille sa grand-mère, l’usine toute neuve où sa mère va travailler puis l’université pour l’auteure. Elle décrit avec précision et nostalgie, les champs de sa grand-mère, la vie difficile dans une ferme en Italie et le travail de la terre. Ce sont aussi les rêves brisés des Italiens que ce récit nous énonce, avec le début de la Première guerre mondiale.

« Leur condition, où même la survie était incertaine, pouvait s’améliorer. Oui, c’était possible. Ce n’est pas toujours le cas. Une bonne récolte et plusieurs vaches pleines enrichiraient leur repas. Le reste suivrait. »

L’auteure est spectatrice de ces événements passés mais fait appel à ses souvenirs, à son enfance et aux nombreuses histoires de sa mère et de sa grand-mère pour nous transmettre ces changements. Laisse la mer entrer raconte comme ces changements brutaux auquel ont été confrontées ces trois femmes chacune à leur époque.

Femmes

« Moi j’ai eu plus de chance. La révolution m’a surprise en pleine jeunesse. L’école réservée à une minorité fut renversée et redevint une valeur et un lieu de savoir pour la majorité.

Barbara Balzerani est la première femme de sa famille à aller à l’université.
Sa mère est allée à l’école, elle décrit son instituteur, elle raconte les trajets avec ses camarades dans les marécages aux grenouilles mais aussi la chute brutale. C’est la Première guerre mondiale qui arrive, elle se voit contrainte de quitter l’école qu’elle aimait. C’est le travail à l’usine pour sa mère.

« Ma mère cessa d’aller à l’école quand un coup de pistolet tiré à Sarajevo fournit le prétexte idéal pour laisser libre cours aux démangeaisons d’expansion sur les terres et sur les mers. »

Elle décrit ces parcours difficiles pour sa mère et sa grand-mère dans cette Italie rurale, dans cette société agricole et pauvre où elles ont grandi. Elle tisse sa propre histoire aux cotés de ces femmes, elle qui a grandi dans une famille pauvre. La première qui accède à l’université. « Le caractère des femmes de ma famille est resté collé à ma peau. De nombreuses années plus tard, j’ai compris que leur combat pour la liberté avait été plus discret mais non moins radical que celui mené pendant mes années rebelles. »

Un très beau récit sur les femmes et sur l’Italie, court et intense que nous partage Barbara Balzerani.

« Laisse la mer entrer », Barbara Balzerani (traduit de l’italien par Laura Brignon), Editions Cambourakis, 112 pages, 16 euros