Étonnante plongée dans le quotidien d’une petite ville de Malaisie, le premier roman de Shih-Li Kow est une parenthèse agréable, racontée par deux voix auxquelles on s’attache. 

La petite ville de Lubok Sayong, proche de Kuala Lumpur, n’a rien d’exceptionnel, si ce n’est la crue du fleuve qui la paralyse plusieurs jours par an, inondant les routes et les maisons. C’est là que se sont installés Auyong, vieux Chinois qui occupe la fin de sa vie en dirigeant la conserverie de litchis de la ville, et Mary Anne, jeune fille ayant grandi dans un orphelinat et qui est finalement recueillie par Beevi après un drame. Et c’est à travers les yeux d’Auyong et de Mary Anne que le lecteur découvre leur quotidien.

A la découverte de Lubok Sayong

Dès le début du roman, c’est une explosion de couleurs que le lecteur découvre : le bleu des trois lacs entourant Lubok Sayong se mélange au gris de la boue qui recouvre la ville après la crue des lacs, le vert des forêts environnantes avec l’orange des calaos qui les habitent. Mais surtout, ces couleurs ressortent dans l’écriture précise et enjouée de Shih-Li Kow. On ne se lasse pas d’écouter Auyong raconter les colères piquées par Beevi, cette vieille femme qui accepte de recueillir une jeune fille qu’elle ne connaît pas, ses sorties à la pêche avec son ami potier, ou encore les ragots qui ne manquent pas d’animer cette petite ville tranquille.

La néo-romancière a extrêmement bien réussi le personnage de Mary Anne : jeune fille ayant grandi dans un orphelinat, elle apprend quand elle a dix ans qu’elle va aller habiter avec deux inconnus. Seulement, un accident de voiture dont elle est la seule survivante en décide autrement et c’est finalement chez Beevi qu’elle ira habiter. Et cette petite jeune fille pleine d’énergie est une véritable joie à suivre. Elle ne cesse de s’étonner de tout ce qui l’entoure, s’adapte très bien à son nouvel environnement, mais aussi s’interroge sur sa mère dont elle a peu de souvenirs, sur sa place dans cette famille qui l’a adoptée et sur son avenir.

De la légèreté du quotidien à la société malaise

Ce premier roman de près de 400 pages ne manque pas d’aborder toutes sortes de sujets, allant du plus léger au plus profond : le quotidien de cette famille atypique permet à la romancière de s’interroger notamment sur le mariage et les relations femmes-hommes, sur le rapport du pouvoir et de l’Etat aux petites villes, sur la tolérance et le genre – avec le personnage haut en couleurs de Miss Boonsidik -, sur la cohabitation de différentes origines en Malaisie. Et Shih-Li Kow le fait avec humour et rajoute un milliards de petits détails qui font la richesse et l’originalité de La Somme de nos folies. Qui aurait pu imaginer un orphelinat où toutes les jeunes filles s’appellent Mary quelque chose, ou un petit poisson d’aquarium qui une fois relâché dans la nature ferait des victimes ?

La Somme de nos folies est un premier roman très réussi, que l’on ouvre avec plaisir et que l’on ne peut refermer avant d’être arrivé à la dernière page. Son style polyphonique, avec ces deux personnages si différents mais dont les voix se rencontrent si bien, donne le sentiment de s’installer bien confortablement devant une série, où les images et les histoires défilent devant nos yeux créant toute une panoplie d’émotions chez le lecteur. Mais surtout : impossible de ne pas avoir envie de partir à la découverte de la Malaisie après avoir lu Shih-Li Kow !

« La Somme de nos folies », Shih-Li Kow, Editions Zulma, 384 pages, 21,50€ – parution le 23 août 2018

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Journaliste littéraire chez Untitled Magazine. Contact mail : m.ciulla@untitledmag.fr