Pétri d’honnêteté et de réflexions sur l’identité, le premier roman de Fatima Daas questionne la société française, ses valeurs et ce qu’elle fait des siens.

« Je m’appelle Fatima. » Ainsi commence chaque chapitre de ce roman un peu particulier, autobiographique et réflexif, d’une jeune femme à l’identité complexe qui ne sait pas toujours comment se définir. « Ca raconte l’histoire d’une fille qui n’est pas vraiment une fille, qui n’est ni algérienne ni française, ni clichoise ni parisienne, une musulmane je crois, mais pas une bonne musulmane, une lesbienne avec une homophobie intégrée. Quoi d’autre ? » Rapports compliqués à sa famille, à ses ami.es, à sa sexualité et à sa religion, Fatima Daas s’expose, s’ouvre et se met à nu, d’une écriture honnête et sans détour. L’espace calligraphique des pages dit aussi la difficulté, les silences, les phrases qu’il faut formuler mais qui sont douloureuses.

Ni algérienne ni française

Fatima Daas a grandi entre deux banlieues, dernière d’une sororie, position qui lui donne un statut spécial dans la famille, après ses deux soeurs. Sa mère passe le plus clair de son temps en cuisine, se fait un devoir de nourrir toute la famille de leurs plats préférés, et son père n’est pas très présent. A l’école, c’est compliqué pour elle, à la maison, elle ne trouve pas sa place. Son refuge : Dieu, avec lequel elle entretient toutefois un rapport parfois compliqué. Entrecoupé de passages en arabe et de traduction de versets, La petite dernière est la longue prière de celle qui n’arrive pas à vivre son histoire.

Grandir pour Fatima Daas est synonyme de malaise. Elle doit prouver sa valeur à chaque instant de sa vie, au milieu de ses soeurs, à l’école, puis dans les milieux plus élitistes où elle pensait pouvoir se faire sa place grâce à son mérite. Seulement, elle le découvre en quittant le lycée, le mérite ne semble pas suffire en France quand on s’appelle Fatima. « Puis j’ai réalisé que prouver, démontrer, me rendre légitime, montrer ce que je valais n’était pas le lot des autres élèves qui étaient à l’intérieur, au chaud. Personne n’avait à argumenter pendant dix minutes, en t-shirt, dans le froid, pour prouver qu’il avait bien mérité un dix-sept sur vingt.« 

Autoportrait d’une inadaptée

L’écriture la délivre, la livre, et lui permet de s’extraire de ce qu’on attendrait d’elle. Elle lui offre la possibilité d’être celle qu’elle veut être, de poser les questions auxquelles elle n’a jusqu’à présent pas trouvé les réponses, ni dans son cercle familial, ni dans sa scolarité ou avec ses ami.es. Les mots semblent couler sous la plume de cette jeune femme qui se sent inadaptée, et pourtant on sent que chacun d’eux est choisi avec la plus grande attention, que rien n’est laissé au hasard. Et l’ordre la libère aussi, la force à essayer de concilier l’inconciliable pour elle : sa religion et sa sexualité.

« Je m’appelle Fatima.
Je recherche une stabilité.
Parce que c’est difficile d’être toujours à côté, à côté des autres, jamais avec eux, à côté de sa vie, à côté de la plaque.« 

Fatima dresse un autoportrait d’une jeune fille qui se cherche, qui tente d’exister dans ses contradictions. Ses interrogations sur l’amour sont touchantes, pour celle qui vient d’une famille où la tendresse ne faisait pas partie du quotidien, et qui doit apprendre l’amour dans les bras des femmes. Et l’amour pour Fatima Daas, c’est d’abord l’amour de Dieu. La petite dernière prend un caractère sacré par ses versets récités, cette proximité avec l’islam qui pourtant, rejette ce qu’elle est. La primo-romancière se donne tout entière à son texte, prête à se défendre et à prendre la place qui lui revient.

« La petite dernière », Fatima Daas, Editions Noir sur Blanc, 192 pages, 16€