Le nouveau roman d’Agnès Desarthe met en scène des personnages en quête, et deux fils qui se suivent et se croisent dans ce récit : la vie de famille et le regard des personnages sur leur attitude et leur pays lointain.

Hector est nommé professeur dans une université de Caroline du Nord, une nouvelle vie commence alors pour lui, sa femme Sylvie et son fils Lester. Là-bas leur vie de famille va connaître un nouveau tournant, entre la relation du couple qui se délite et la nouvelle quête d’identité de leur fils. Les trois personnages du roman fonctionnent ainsi ensemble et séparément. Leurs points de vue se succèdent et se croisent, sans même parfois que le lecteur s’en rende compte. Chaque chapitre s’ouvre sur les pensées ou les actions de l’un d’eux puis advient l’évènement qui bouscule la narration.

Comme souvent chez Agnès Desarthe, ces protagonistes sont en quête, en quête de réponse ou de vérité. Hector est un professeur qui, sous ses airs pacifiques et de bon père de famille, semble se redécouvrir au cœur de cette nouvelle vie, quand sa femme s’ennuie profondément dans un pays qui n’a ni sa langue ni sa culture, et dont elle ne connaît rien. Leur fils est un adolescent obscur dont on a du mal à saisir la personnalité tout au long du roman, et on ne cesse de se demander jusqu’où il peut pousser ses propres démons.

Des personnages qui dérangent

La figure de la femme dans ce roman démontre à la fois un sang-froid mais aussi un acte de résilience. Sylvie ne s’adapte pas dans cette nouvelle vie, elle reste froide et inerte à toutes tentatives de socialisation de la part des autres habitants et collègues de son mari. Elle domine sa famille car elle fait le lien, mais en même temps, elle ne comprend ni son mari ni son fil, ce qui fait d’elle une femme seule. Elle domine aussi le roman puisque c’est de son point de vue que la plupart des événements sont perçus, et elle suit ses intérêts sans jamais oublier son rôle dans la famille. C’est à la fois la figure de la mère et celle de l’âme trompée qu’Agnès Desarthe représente donc dans son roman.

Et que penser de ce fils ? Le roman s’ouvre sur la décision de cet enfant de changer de prénom : il décide qu’il se nommera dorénavant Absalom Absalom. Dans ce nouveau pays, son attitude devient de plus en plus mystérieuse, il se lie d’amitié avec tous les marginaux de la communauté, qu’il prend sous son aile à la manière d’un leader religieux. Tout au long du roman, il demande à ce qu’on protège ses parents des autres et d’eux-mêmes, comme une prière.

Les Etats-Unis comme décor, la France à distance

Ce roman est aussi une histoire de déracinement. Cette famille quitte sa vie à Paris pour s’établir dans ce pays lointain. Il est difficile pour chacun de ses membres de se faire au changement, à l’exception d’Hector, qui est à l’origine de ce changement. La mère a du mal à s’adapter, puis ce fils qui change jusqu’à l’étrangeté…

Le point d’orgue du roman vient avec les attentats qui frappent la France pendant cette année d’exil. L’évènement qui a lieu loin mais à la fois proche d’eux les rapproche mais aussi les sépare. Ces attentats sont décryptés par les protagonistes comme pour les laisser à distance d’eux. Ils sont une excuse pour leur distance vis-à-vis de la communauté et en même temps un catalyseur de leurs différentes douleurs et blessures qui parsèment le roman.

Agnès Desarthe nous décrit, dans La chance de leur vie, le parcours d’une famille dans les yeux de chacun de ses membres.

« La chance de leur vie », Agnès Desarthe, Editions de l’Olivier, 304 pages, 19€

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