Grand roman sur celles que l’on désigne comme les filles de Boko Haram, Edna O’Brien signe avec ce livre un hommage vibrant à ces jeunes filles plongées au cœur de l’horreur dans ce groupe terroriste. 

Maryam est une jeune adolescente nigérienne enlevée en 2014 par Boko Haram quand ils font irruption dans son lycée. Elle et ses amies sont emmenées dans un camp où elles sont faites prisonnières avec d’autres, à la merci des terroristes, sans espoir de liberté. Roman noir et terrible, Edna O’Brien nous raconte l’horreur qui est pourtant la triste réalité du monde.

Une réalité sanglante

C’est un roman sur l’enfer humain que nous donne à lire ici Edna O’Brien. Les premières lignes nous plongent dans les pensées de Maryam, celle qui est l’héroine du roman, qui est sacrifiée pour plaire au besoin de Boko Haram. « J’étais une fille autrefois, c’est fini. Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Les entrailles, un bourbier. »  D’une douleur tranchante, la narratrice décrit son calvaire entre les mains de ces hommes. Violée, torturée, mariée de force, Maryam est confrontée à tout entre leurs mains. En plus de nous raconter les affres qui affectent la narratrice, Edna O’Brien décrit aussi à travers les yeux de sa narratrice ce qui arrive aux autres femmes. Maryam dissèque chaque morceau de vie dans ce camp, racontant le comportement des hommes, rapportant les souvenirs des autres femmes, décrivant les arrivées et les départs de celles qui l’entourent.

Ce que Maryam décrit c’est la violence des hommes, la folie qui guette les esprits des prisonnières. Elle tente de se souvenir parfois, décrivant son village et sa famille comme un rempart face à l’horreur, pour se soustraire au calvaire. Mais comme elle le décrit si bien pour les autres femmes, elles ne sont à l’abris de rien même pas dans leurs esprits.

Edna O’Brien se fait une nouvelle fois l’écho de la voix des femmes à travers la personnage de Maryam, qui est à la fois une mais aussi toutes ses femmes enlevées par Boko Haram.

Le fol espoir

Quand Maryam accouche de son enfant, Babby, elle trouve la force de survivre à l’horreur. S’insinue alors en elle l’espoir de la fuite et de survivre à cette horreur. Après le camp, c’est donc la fuite que la narratrice nous décrit. Plongée dans son esprit, on assiste tantôt à l’espoir de réussir à fuir, puis à la peur d’être rattrapée par les bourreaux entrecoupées par ses souvenirs même durant la fuite.

Cependant, cela reste un espoir vain. La fuite est dure pour la narratrice, c’est la traversée de la jungle comme une métaphore de l’esprit pour se sortir de la folie dans son esprit. Mais ce qui l’attend à la sortie n’est pas l’éden attendu, ce n’est pas la joie folle du retour comme elle aurait voulu. Ses femmes sont rejetées, mises au banc de la société car considérées comme souillées. Ainsi Maryam ne trouve pas la paix même libérée de ses bourreaux.

Edna O’Brien signe un roman brillant, passionnant, d’une grande violence pour une grande prise de conscience.

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« Girl », Edna O’Brien, Editions Sabine Wespieser, 256 pages, 21€