Après avoir été exposée aux quatre coins du monde, Rosa Maria Unda Souki, artiste-peintre vénézuélienne, publie son premier roman : Ce que Frida m’a donné. Le livre est un magnifique roman graphique, qui regorge des tableaux de la peintre et de ses dessins au crayon. Un très bel ouvrage qui explore ses liens avec l’artiste mythique Frida Kahlo.

Rosa s’apprête à exposer ses oeuvres à Paris. Il lui reste à rédiger le texte du catalogue de l’exposition et à construire la scénographie de la galerie une fois les oeuvres réceptionnées. Déjà basée à Paris, elle décide de quitter son appartement pour passer l’été dans le studio d’une résidence d’artiste. Du 1er juillet au 27 septembre, elle va vivre seule avec elle-même dans ce nouvel espace. La solitude est pour elle l’occasion d’introspection et d’exploration du passé. À la place de se concentrer sur l’exposition à venir, son esprit divague, et repart au Vénézuela et au Mexique. Elle se remémore son enfance, sa relation avec son père, le contexte politique de l’époque, et surtout, la maison où elle a grandit.

« J’ai l’impression de sentir encore toutes les odeurs de notre maison de Guama, le bruissement du vent dans les fougères, nos rires, la musique de la pluie ; mais je n’ai pas oublié non plus l’échos de ses mystères… Si cette maison était belle, elle pouvait parfois être terrible. C’était un paradis, mais aussi une prison, une forteresse. »

Reliée à Frida par son père

Le souvenir de la maison la conduit inévitablement à penser à son père. Architecte à l’âme d’artiste, il a beaucoup contribué à faire de Rosa la peintre qu’elle est aujourd’hui. Malheureusement, il est mort sans qu’elle n’ait pu lui dire au-revoir, en plein fiasco politique au Vénézuela. Petit à petit, on s’aperçoit que ce livre est l’occasion pour l’artiste-écrivaine de faire ses adieux avec son papa.

Or, derrière les souvenirs avec son père, Frida Kahlo s’immisce entre les lignes. Sans qu’elle ne soit réellement nommée par son nom (sauf dans l’introduction), elle apparaît, au détour des pages, par le prénom « elle ». L’esprit de Rosa est comme aimanté par l’artiste mexicaine, qui exerce une véritable fascination sur la protagoniste. Un peu comme une célébrité dont on se sentirait très proche sans même l’avoir rencontrée, tout ramène Rosa à Frida. Ainsi, en choisissant une tenue pour rencontrer le commissaire de l’exposition, Rosa écrit :

« Rien n’est plus ridicule que d’être overdressed. Ça me rappelle certains personnes de mon enfance, complètement à côté de la plaque. (…) Et elle, que pensait-elle de ce genre de personnes ? (…) je me demande si elle en riait. Ou peut-être qu’elle ne trouvait pas ça drôle. » « on raconte qu’elle se préparait et s’habillait même pour peindre. Comme un rituel. »

Un roman tout en perspective

Ce que Frida m’a donné est un ouvrage magnifique, aux couleurs vives et joyeuses. Cette série de peintures de Rosa Maria Unda Souki explorent les différentes pièces de la maison de Frida Kahlo, la casa azul. Outre ses couleurs vives, son oeuvre est aussi marquée par le sens de la perspective et de la profondeur. Malgré le fait qu’aucune personne n’apparaisse dans cette série de tableaux, les peintures sont habitées par une présence – celle de Frida et de sa famille – que l’on distingue dans le vêtement posé sur le lit, le couvert mis sur la table, le papier laissé sur la chaise… Tout au long du livre, Rosa Maria s’immisce dans la maison de Frida Kahlo, et explore le thème de la présence humaine dans l’absence.

La construction du livre sous forme d’un journal intime rend la lecture très agréable par la proximité qui est établie entre l’autrice et le lecteur. Comme Rosa Maria s’invite dans la Casa Azul, le lecteur pénètre dans le studio de cette dernière. On prend plaisir à observer la vie de cette artiste dans les moindres détails, de sa cigarette du matin à sa boîte à bijoux. Le ton y est parfois légèrement maladroit, mais cette promenade au fil des pages est pleine de joie malgré la nostalgie qui se dégage de ces souvenirs. 

L’histoire de ce quasi-huis-clos dans une résidence d’artiste le temps d’un été parisien est pleine de charme et de profondeur. Ce que Frida m’a donné est un très bel ouvrage, aux qualités visuelles évidentes mais aussi aux réflexions tendres et parfois émouvantes.

« Ce que Frida m’a donné », Rosa Maria Unda Suki (traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud et l’auteure), Editions Zulma, 192 pages, 22,50€