Court et intense, ça raconte Sarah est le récit d’une relation amoureuse, d’une passion entre deux femmes. Pauline Delabroy-Allard évoque avec fluidité et précision cet état qui semble tout emporter sur son passage.

Jeune prof dans un lycée, la narratrice élève seule sa fille de quatre ans, depuis que son père est parti. Elle partage sa vie, sans réel attachement, avec un nouveau compagnon, un Bulgare. Sarah, elle, est une violoniste. Fonceuse, joyeuse, elle n’a peur de rien. Et c’est un soir, à un diner de Nouvel an que Sarah entre dans la vie de la narratrice, dans nos vies. Tel un ouragan, elle chamboule tout et on se laisse emporter.

L’histoire d’une passion

On est comme suspendu. Rien ne compte autour. «  Elle me laisse sans savoir que j’ai les mains qui tremblent, qui ne s’arrêtent pas de trembler toute la journée, incrédules de ce qu’elles ont fait, de ce qu’elles ont touché ». Un cœur qui bat un peu trop fort, des rendez-vous qui s’éternisent, vouloir tout connaître de l’autre, écouter en boucle un CD offert… C’est l’histoire de la passion. Un sentiment d’être vivante, gonflée à bloc, remplie de bonheur et le temps d’un instant, croire que rien ne peut nous arriver.

Les mots valsent, s’enflamment, s’entrechoquent et s’unissent. « Son parfum. Son odeur. Sa nuque. Ses cheveux. Ses mains. Ses doigts. Ses fesses. Ses mollettes. Ses ongles. Ses lobes d’oreille. Ses grains de beauté. Ses cuisses. Sa vulve violine. Ses hanches. Son nombril. Ses tétons. Ses épaules. Ses genoux. Ses aisselles. Ses joues. Sa langue ». Ils s’accumulent, se répètent, d’autres s’ajoutent, et tout devient obsessionnel. Entraînés dans un tourbillon, par une passion. « Elle est vivante », aime se rappeler la narratrice, affolée par cette démesure, projetée en dehors de sa vie, de son train-train quotidien par Sarah. Dans ce monde un peu banal, désenchanté, Sarah aspire tout sur son passage. C’est l’amour fou, c’est un raz de marée, mais elle aime Sarah. A corps perdu.

Mort certaine

Mais comme avec toute passion, il y a la souffrance, les disputes, les larmes… La vie avec Sarah est fatiguante, épuisante, impossible… Et très vite, c’est la mort qui vient frapper à la porte. Sarah tombe malade, son corps se dégrade. D’abord « vivante », elle est maintenant « morte ».

L’amour disparaît, la narratrice s’échappe à Milan, puis à Trieste pour oublier cet amour. Est-il impossible de se défaire d’un amour, d’y survivre ? La rencontre devient dramatique, douloureuse, et on le ressent. On aimerait retenir cette passion, ce tourbillon qui ne laisse pas anodin le lecteur. On entre dans une spirale, une pente descendante, une tragédie. Mort certaine ou mort d’un amour ? Le rythme ralentit, la flamme s’éteint, c’est la fin.

Avec brio, Pauline Delabroy-Allard jongle avec les mots, nous entraîne dans les tumultes de toute passion amoureuse, de sa naissance à sa mort. Ecrit sur le fil, dans l’urgence, rythmé par la fusion amoureuse, un premier roman à couper le souffle.

« ça raconte Sarah », Pauline Delabroy-Allard, Les éditions de Minuit, 192 pages, 15 euros

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Journaliste et fondatrice de untitledmag.fr Contact mail : m.heckenbenner@untitledmag.fr