Un objet rare, c’est ce que représente ce recueil hybride de Maggie Nelson. Entre un carnet de pensée intime et un recueil de poésie, cette oeuvre parue il y a 10 ans aux Etats-Unis est enfin arrivée jusqu’à nous. 

Maggie Nelson se livre dans ce recueil sous forme de fragments numérotés, souvent comparés à ceux de Roland Barthes dans Fragments d’un discours amoureux. A la fois intimiste et universelle, l’auteure discoure sur la couleur bleue et sur sa relation amoureuse, qu’elle lie intimement à cette couleur.

Le bleu

Selon plusieurs études, le bleu serait la couleur préférée au monde. « 1. Et si je commençais en disant que je suis tombée amoureuse d’une couleur. Et si je le racontais comme une confession », c’est ce qui introduit ce livre. Elle analyse la couleur bleue comme sa couleur mentale, consolation et désir, c’est ce qu’elle relie à cette couleur au long du récit.

Elle réunit autour d’elle les théoriciens et artistes de la couleur, Goethe, Joni Mitchell, Cohen, Klein… Autant d’imaginaires pour nous emparer avec elle de cette couleur. C’est 240 fragments comme une géographie mentale d’elle-même par le prisme du bleu. Touchante et sincère, parfois crue, Maggie Nelson nous partage son affection pour la couleur bleu, la couleur du monde.

Les sentiments

C’est aussi ses sentiments qu’elle met en exergue dans ce livre. Toujours en relation avec cette couleur qu’elle associe à l’amour, un bleu froid ou un bleu électrique. Cette relation qui est terminée mais dont elle tente de définir les contours. Les contours et la couleur. « Si je devais mourir aujourd’hui, je dirais que mon amour du bleu et faire l’amour avec toi ont été les deux sensations les plus plaisantes que j’ai connues dans ma vie. »

Objet singulier, parfois difficile, lointain et proche à la fois, qui nous emporte dans un tourbillon bleu.

« Bleuets », Maggie Nelson, Editions du Sous-Sol, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, 112 pages, 14,5 euros