Récit déjà primé par le Prix du roman Fnac 2020, Betty est  un roman poétique et fort, qui retrace l’histoire d’une jeune guerrière cherokee qui se débat entre secrets de famille et racisme. 

Sixième d’une famille de huit enfants, Betty vit dans les Appalaches, dans le sud-est de l’Ohio. Elle est le fruit d’une union entre Alka Lark, sa mère blanche, et Landon Carpenter, son père, Cherokee. 

A Breathed, Betty grandit dans un monde merveilleux qu’elle aborde avec ses yeux d’enfant, qui petit à petit finiront par se déchirer pour lui laisser entrevoir la réalité, celle d’un monde terrible fait d’humains. Dans ce monde, la méchanceté règne, la cruauté des enfants fait rage et les idées étriqués du racisme grondent. « C’était une femme qui avait été utilisée puis abandonnée par l’humanité comme seuls les humains savent consommer, puis jeter ». Mais au milieu de ce cauchemar, elle a un allié : son père. 

Hymne à la nature

Ce père voit en elle sa « petite indienne ». Il lui transmet son savoir, ses traditions, sa sagesse botanique et sa propension à raconter des histoires. Toujours, il trouve les mots pour soigner les maux, et ces mots ont un lien profond avec la nature. Si enchanteur, qu’on pourrait croire en leur pouvoir de guérison. « Ce serait tellement plus facile si l’on pouvait entreposer toutes les laideurs de notre vie dans notre peau – une peau dont on pourrait ensuite se débarrasser comme le font les serpents. Alors il serait possible d’abandonner toutes ces horreurs desséchées par terre et poursuivre notre route, libéré d’elles ». 

Coulant sur les pages du roman, ces mots s’échappent du roman et dévoilent un véritable hymne à la nature. Ils résonnent dans nos oreilles, nous collent à la peau, mais surtout embellissent la triste réalité de la famille Carpenter. Et si la nature était notre seule porte de sortie ? Comment peut-elle nous protéger ? « La nature nous parle. Nous devons simplement nous souvenir de l’écouter. »

Inceste et intolérance

Malheureusement, cet amour paternel – si fort qu’il puisse être – ne prépare pas à la dureté du monde. Betty doit encaisser les maux que lui cause le harcèlement raciste, mais aussi les secrets de famille qu’elle décide d’enterrer dans des bocaux pour les faire disparaître. Critiquée, moquée, rejetée, elle  assiste aux rejets des autres et à l’éradication du mode de vie des Cherokee. Cette petite fille qui n’a rien demandé, juste un peu d’amour et d’attention, subit de plein fouet les mots des adultes, répétés, amplifiés par les enfants.

Longtemps, elle rêvera de devenir blanche et blonde, comme sa mère et ses soeurs. Mais rapidement, les drames et les révélations la feront sortir de l’enfance. 

« A ce moment-là, j’ai compris que les pantalons et le jupes, tout comme les sexes, n’étaient pas considérés comme égaux dans notre société. Porter un pantalon, c’était être habillé pour exercer le pouvoir. Porter une jupe, c’était être habillée pour faire la vaisselle. »

Tiffany McDaniel signe un récit envoûtant et éprouvant et raconte à la première personne son histoire et celle de sa famille à travers la petite Betty. Toujours sous forme de fiction, la romancière compose à partir de l’histoire de sa mère, un roman déchirant et poétique. Une belle ode à la nature, à l’enfance et à l’amour. 

« Betty », Tiffany McDaniel, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Happe, Edition Gallmeister, 720 pages, 26,40 euros