Dans son premier roman, Anne Pauly explore les méandres du deuil, des relations familiales et du pardon. Avec une prose aussi légère qu’incisive, elle pousse les portes de la maison de son enfance, pour redécouvrir ses souvenirs d’enfance, aussi heureux que malheureux.

Récit en partie autobiographique, Avant que j’oublie est une histoire de deuil et une histoire d’amour. La narratrice vient de perdre son père, celle-ci se retrouve à devoir gérer son deuil mais aussi les affaires familiales, comme vider la maison. Entourée de ses amies et de son frère, la narratrice va faire de son récit une quête, un moyen de dire adieu à son père.

La tragédie familiale

C’est la figure du père qui est mise en exergue dans le roman d’Anne Pauly, celle d’un père violent avec sa femme et avec ses enfants, d’un père meurtri par la maladie, unijambiste, d’un père alcoolique et pourtant d’un père devenu attentif et aimant, de qui la narratrice garde de doux souvenirs. C’est un portrait à double face que elle dresse. Après la mort de celui-ci, elle se souvient de lui, de sa passion pour la littérature et les arts japonais, de cette boite de gâteaux secs dans le tiroir.

« Ce bureau et ces livres qu’il feuilletait sans vraiment les lire sur le tao, le Japon, Montaigne et les poèmes de François Villon étaient, je crois, son rêve de sagesse, sa mise en scène à lui pour se venger, d’une enfance de misère et d’un mépris social qu’il avait ressenti toute sa jeunesse ». De l’annonce du décès en passant par l’inhumation jusqu’au tri des effets personnels, Anne Pauly décrypte chaque étape de ce deuil et des actions à entamer pour se retrouver après cette épreuve. Livre thérapie, Avant que j’oublie permet à la narratrice d’avancer en analysant chaque moment, les rattachant à ses souvenirs, essayant de faire la paix avec son père mais aussi avec elle-même. Elle écrit pour ne pas oublier mais aussi pour se libérer.

A ses côtés, des alliées, comme ses amies qui tentent de lui faire tourner la page mais peut-on vraiment tourner la page ? Faut-il vraiment tourner la page ? Ce qui se joue dans ces pages, c’est la démarche de la narratrice pour réussir à tourner cette page, et cela passe par toutes les étapes qu’elle décrit dans le roman, de l’annonce du décès au moment où l’on reprend sa voiture pour laisser la maison s’effacer derrière nous au loin. « Finalement, ce qui me semblait le plus difficile, c’était de ne plus l’entendre du tout, de ne plus avoir de nouvelles de lui, et au début, machinalement, je regardais mon téléphone pour vérifier qu’il ne m’avait pas appelé, mais non. »

C’est la figure du père mais aussi la figure du frère qui semble avoir hérité des travers de son père tout en lui vouant une haine implacable, qui cache aussi son propre chagrin.

La lettre

Jean-Pierre Pauly est aussi un homme avant d’être un père ; c’est ce qu’elle va découvrir et retrouver en rangeant ses affaires. Elle nous raconte son père, son travail à l’usine et l’alcool pour oublier. Elle dépeint sa famille, son enfance dans une famille modeste de la banlieue parisienne mais aussi les difficultés de la vie quand on a un père qui boit. Et puis, il y a cette jambe que son père a perdu qui est à la fois synonyme d’épouvante mais aussi de tendresse. Son père est un tendre mais un dur, qui préfère souffrir toute sa vie de différents maux physiques, souffrir terriblement que d’en parler, il endure.

Lorsqu’elle range ses affaires, Anne Pauly remarque que le prénom d’une certaine Juliette apparaît régulièrement dans les carnets de jeune homme de son père. Après que Anne soit entrée en contact avec elle, Juliette envoie une lettre où elle partage ses souvenirs du père de la narratrice. « Tu m’es apparu, perché sur ce vélo dont tu ne te séparais jamais et qui te permettait de faire le trajet entre Carrière et Poissy. Tu me semblais immense, juché sur cet engin. »

Un premier roman réussi, sur parle des relations familiales et le deuil, émouvant et tendre.

Avant que j’oublie, Anne Pauly, Edition Verdier, 144 pages, 14 euros

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