Quatre ans après le succès de Désorientale, Négar Djavadi revient avec un second roman choral très différent, mais tout aussi poignant. Plongée surprenante dans une arène, celle de Paris.

Benjamin a tout pour être heureux. Une mère attentionnée, un travail passionnant, une femme aimante, avec qui il attend un enfant. Mais lors d’un passage rapide chez sa mère, dans le quartier de Belleville, il se fait voler son téléphone, qui contient tout son carnet d’adresse. Lui, l’un des dirigeants les plus respectés de BeCurrent, un concurrent de Netflix, impossible de vivre sans cet outil précieux. Dans tous ses états, terrorisé, il retrouve la piste du voleur, sans aucune trace de son smartphone. 

Flambée dans les quartiers

Le lendemain sur les réseaux sociaux, une affolante vidéo circule. L’enregistrement de Camille, un montage à charge contre la police, enflamme la toile. Elle dévoile le coup de pied envoyé par Sam, une policière intègre et sans histoire, donné à une personne sans vie lors du démantèlement d’un camp de migrants. Et la personne n’est autre que le voleur du téléphone de Benjamin, Issa Zeitouni.

« Son quartier à cheval sur quatre arrondissements de Paris : Xe, XIe, XIXe, XXe, 70% de cités. 43% de foyers non imposables. 25% de la population sous le seuil de pauvreté. Et aucune communauté n’est épargnée, Blancs, Noirs, Juifs, Arabes, Chinois, Indiens, Sri-Lankais, Caribéens, tous ont leur misère à gérer ». Un effet boule de neige qui va transformer un malheureux accident en tornade, et va embraser tout l’Est de Paris. Pris dans cette spirale infernale, jeunes de banlieue, adolescents, policiers, candidate à la mairie, travailleurs, vont s’y trouver mêlés. 

Ce qui a débuté comme un malheureux accident, en plein coeur de Paris, finit rapidement en règlements de comptes entre cités. Et dès les premières pages, Négar Djavadi donne le ton. « Les millions de Lilliputiens qui grouillent sur la terre ferme ne sont plus des êtres humains, avec leurs préoccupations, un crédit à rembourser, des fins de mois difficiles, des chagrins inattendus, des espoirs inavoués, mais des prototypes ».

Le combat de chacun

Ici, chaque personnage se sent dépassé, abandonné à son propre sort. Dans ces quartiers, des communautés partagent, cohabitent et s’affrontent. Des Buttes-Chaumont à Belleville, en passant par Colonel Fabien, tous ont peur des nouvelles violences et des représailles. Tandis que les parents sont dépassés, leurs enfants traînent dans les rues, désoeuvrés.

Dans ce roman en cinq temps, Négar Djavadi nous fait vibrer dans cette Arène. Entre politiques, expulsions de migrants, lynchage, adolescents en quête d’identité, pratiques fiscales, surabondance et vies imaginées sur les réseaux sociaux, c’est une véritable plongée sociologique dans un autre monde. 

C’est le combat de chacun que décrit Négar Djavadi. Celui de ceux qui se battent contre ce monde, contre cette société de consommation, contre ces sociétés à profits, contre leurs parents ou contre leurs propres démons. L’autrice signe un très beau et puissant second roman – à ne pas comparer avec le premier – qui nous transporte dans l’effervescence des quartiers populaires parisiens.

« Arène », Négar Djavadi, Editions Liana Levi, 432 pages, 22€</em

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