Avec son premier roman, Mathilde Forget réussit à nous redonner le sourire, malgré un contexte sinistre, et nous émeut. Un beau premier roman lumineux autour de la folie et de la quête de soi.

Pauline Stern, la maman, s’est jetée de la plus haute tour d’un château touristique, qui en compte dix-sept. « Bambi ne pose pas de question. Lorsque son père lui apprend la nouvelle, il ne pose aucune question. Pas une seule. Il ne dit rien ». Tandis que sa soeur Suzanne lui apprenait tout sur les requins, Victor, le père, faisait ce qu’il pouvait pour être « une mère parfaite ». Bernadette, elle, la grand-mère, s’occupe de son jardin et de ses abeilles, surnommées les Murielles, tout en inventant des contes à ses petites-filles. Mais cette mort brutale, ne semble pas avoir provoqué les mêmes effets sur les deux sœurs. « Les fissures ne sont pas uniquement causées par le séchage du bois, certains sont dues à un choc. Une fois, j’ai planté des clous de même taille dans deux poutres différentes, mais jamais les crevasses ne se ressemblent. Un événement de même nature produit rarement des résultats identiques ».

Remonter à la surface

Et un beau jour, très affectée par la rupture avec son amie et ébranlée par l’internement de sa sœur, la narratrice se lance dans une enquête pour mieux comprendre la mort de sa mère. Que s’est-il passée pour qu’elle se suicide de la plus haute tour d’un château ?

Elle décidera de retourner sur les lieux du drame et d’enquêter auprès de sa famille et des psychiatres pour trouver des réponses à ses questions. Mais aucun d’eux ne semble porter le même diagnostic. Elle finira par y dérober quelques pages de son dossier médical pour se faire son propre avis. « Parfois pour essayer de comprendre la mort de sa mère, on prend rendez-vous avec des médecins, des psychiatres ou des psychologues. Et parfois on prend rendez-vous avec des membres de la famille ». A travers les lettres de sa mère, fouillant les archives de la presse locale, au contact de sa sœur, mais aussi en analysant l’enfance des tueurs en série, la narratrice revient sur cette folie, parfois joyeuse, parfois sombre, installée dans sa famille.

Mathilde Forget signe un très beau premier roman, magnifié par son héroïne touchante, en pleine désarroi, pas toujours en phase avec la société. Comme avec une petite musique dans la tête, grâce à un style vif, mêlant humour et dérision, l’auteure nous transporte dans son univers attendrissant, autour d’enquêtes et de réflexions sur la folie des autres.

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« A la demande d’un tiers », Mathilde Forget, Edition Grasset, 162 pages, 16 euros