Ce mois-ci, Reliefs nous emporte avec son septième numéro, « Rivages », sorti ce 24 mai. De plus en plus reconnue pour son engagement environnemental et la qualité de ses contenus, la revue risque encore titiller de nombreuses consciences.

Exit le bandeau, bonjour la nouvelle couverture. Pour cette nouvelle édition, le semestriel Reliefs a subi un petit relooking. L’impact esthétique est fort, et l’on aime ce nouveau numéro avant même de l’ouvrir. L’enjeu est de taille car, avec un objet aussi beau et conséquent du haut de ses 184 pages, nous sommes attentistes d’un contenu de qualité. Sans faire durer le suspense, le pari est réussi : avec « Rivages », nous naviguons entre les voyages et de sévères prises de conscience, des graphismes forts et des dossiers savamment constitués.

Faire le tour du problème et proposer de réelles solutions

Dans ce septième numéro, nous revoyons tout d’abord notre point de vue sur le jardinage et le paysagisme. Loin de Le Nôtre et de Truffaut, Gilles Clément nous apprend que la friche et la circulation des espèces est le meilleur moyen de participer à la conservation des spécimens et de votre propre jardin. Pour lui, la seule limite du jardin est « celle de la Terre ». À l’image du Domaine du Rayol, sentez-vous libre à présent de faire cohabiter des espèces venues de tout horizon, et apprenez à accepter, autant que les roses, ce que vous appeliez les « mauvaises herbes ». Dans un tout autre domaine,  Isabelle Delanoy, se fait avocate de l’économie symbiotique et démontre en quoi cette dernière, en développant une relation d’interdépendance entre les écosystèmes et l’activité de l’Homme pour une croissance mutuelle, pourrait être une réponse aux recherches actuelles sur notre impact climatique. Plutôt que d’être moralisatrice, la revue nous propose avant tout des solutions, de nouveaux modèles. Bien sûr, ceux-ci ne sont pas toujours réalisables dans l’immédiat, ni seul. Certains parleraient à tort d’utopie lorsqu’il faut y voir des moyens à mettre en place à plus ou moins long terme, mais de façon collective. Quoi qu’il en soit, il est pour autant très agréable d’aborder ces sujets qui, inévitablement, nous amènent à tirer le signal d’alarme, en n’ayant pas uniquement le sentiment d’être morigéné et poussé au remord seul. On soulignera aussi, avec le dossier du « défi écologique chinois », que Reliefs a à cœur de repousser les préjugés sur le rapport de certaines nations à l’environnement et sa préservation.

Un contenu très ciblé, des dossiers très pointus et des notions très savantes, oui. Néanmoins, et ce malgré les apparences, les centres d’intérêts de Reliefs ne sont pas seulement environnementaux. Au gré des pages, vous aurez l’occasion de croiser de la photographie, avec le très beau portfolio présent dans chaque numéro, mais également de la littérature avec par exemple des extraits Leconte de Lisle ou Jules Michelet, de l’histoire et de la cartographie et, dans « Rivages » plus spécifiquement, de l’ornithologie. Une fois de plus, Pierre Fahys et son équipe ont choisi leur thème avec précision et font le tour de leur sujet avec intelligence et réalisme.

Les rivages : une frontière érodée entre Terre et Mer

Le cœur de cette édition reste, bien entendu, le dossier « Rivages ». Le littoral, mêlant des enjeux économiques avec le tourisme, écologiques pour la sauvegarde de tout un état naturel, également sociaux pour les populations côtoyant ces rivages, pose depuis longtemps problèmes à nos sociétés. Et, cela n’a rien de nouveau, l’économie l’emporte très souvent sur le reste : sites balnéaires, pêche intensive et pollution très concentrée en eaux peu profondes. On parle, comme nous l’apprend la revue, de « littoralisation des sociétés ». Si l’on a conscience, comme beaucoup de choses, du revers négatif que cela entraîne sur les écosystèmes, vous serez sans doute tristement surpris, pour utiliser un euphémisme, des chiffres. Lorsque l’occasion ne s’est pas présentée d’étudier ce qu’est réellement un rivage, on pense souvent que ce dernier est, en termes de biodiversité(s), bien moins riche que l’océan. C’est pourtant loin d’être le cas. Rappelons, par exemple, que c’est sur ces rivages que certains êtres vivants se préparent à devenir des espèces terrestres. La grève est également la frontière entre terre et mer, entre eau et air, mais également, pour d’autres individus comme le saumon, entre eaux salées et eaux douces. Les littoraux sont donc, avant toute chose, un habitat pour des milliers d’espèces et garants de la survie de celles-ci.

Comprenons bien, l’objectif du dossier n’est pas de nous accabler de reproches et nous interdire nos prochaines vacances. En revanche, la prise de conscience qui s’accentue au fil de la lecture risque de vous faire le même effet qu’un raz-de-marée. Reliefs nous permet de mieux cerner l’ampleur de nos activités sur les littoraux, et surtout d’en parler avec les bons concepts, les bons termes et les bons chiffres grâce à des recherches sérieuses ainsi qu’aux interventions de scientifiques Gilles Boeuf, d’Anny Cazenave ou encore de Magali Reghezza-Zitt. Le point d’orgue du dossier est atteint avec la rencontre de Reliefs et de Christophe Buchet, académicien de marine et historien de la mer qui dresse avec beaucoup de clairvoyance ce que serait l’avenir de nos littoraux si nous ne changions pas nos habitudes.

Rien n’est à laisser de ce nouveau numéro, jusqu’à la page d’achevé d’imprimer où l’on trouve une playlist inspirée du thème du rivage. Disponible à l’écoute sur Spotify, elle nous prouve que, non contente d’avoir un très bon contenu éditorial, la rédaction a également d’excellents goûts musicaux. Elle ne viendra peut-être pas toujours accompagner votre lecture lorsque vous parcourrez les notions les plus laborieuses, mais permettra en revanche de vous accorder des pauses et vous aider à vous évader lorsque vous découvrirez les cartes, les photos ou retracerez la conquête du Cervin, illustrée par Isabel Seliger.


Reliefs, n°7 « Rivages »
Sortie le 24 mai 2018
19,00 €

SHARE
Une oreille dans la musique, une main dans l'édition, un pied dans la culture.