Trois ans après « This is all yours », Alt-J revient avec « Relaxer », un troisième album qui creuse l’onirisme et la beauté mélancolique instaurée dans les précédents volets. Fidèle à lui-même, le trio enchante les oreilles avec huit titres qui explorent des sonorités douces-amères. 

Lorsqu’en 2013, Alt-J livre au public « An awesome wave », le coup de foudre est immédiat. Pour les amoureux de pop comme pour les amateurs de rock, pour les curieux de nouvelles sonorités, le groupe britannique cristallise ce que la pop avait oublié depuis longtemps : une oasis de douceur dans un monde saturé de bruits. Avec des mélodies souples, d’une douceur presque aquatique, des riffs secs et des harmonies vocales lancinantes, Alt-J s’est forgé un style unique et leur second album, « This is all yours » a atteint les deux millions de vente. Après avoir délivré deux singles très attendus, Leo Newman, Gus Unger Hamilton et Thom Green sont de retour avec « Relaxer », un troisième album à paraître le 2 juin chez Infectious music.

Limpidité  

En offrant dès le mois de mars « 3WW », Alt-J annonçait un album dans la lignée des précédents. Fidèle à ses fondamentaux, le trio joue la carte du dépouillement. Du synthé, une basse spleenétique et des paroles murmurées comme des confidences sur des notes souples de guitare. Chez Alt-J, la composition est aussi simple qu’énigmatique : tout se joue dans les jeux d’échos et dans l’interstice magique entre la mélodie et le silence. Dans ce premier morceau – par ailleurs accompagné d’une magnifique vidéo en noir et blanc – , on retrouve les rythmes ondoyants, les accords de basse et la voix craquelée du chanteur. Le second titre, « In cold blood », entremêle des sonorités lascives à des rythmes plus vifs, et la mélodie s’accroche aux oreilles pour le plus les quitter. Avec « House of the Rising sun », le trio rend hommage au groupe Animals, et offre une divagation onirique de la chanson originale, servie sur fond d’orgue. Le son est brouillé, la musique saturée, la douceur emplit l’atmosphère.

Spleen

Pour contraster avec le titre précédents, « Hit me like that snare » prend des tournures rock et donne un sursaut à l’album avec des riffs saturées et des élucubrations vocales tourmentées. « Deadcrush » s’impose quant à lui comme un titre dansant, avec des percussions plus affirmées et des échos entraînants qui ne sont pas sans rappeler « Taro ». Assurément un des meilleurs titres de l’album. « Adeline », livré mi-mai au public renoue avec les mélopées envoûtantes que l’on connaissait au groupe, avec les voix perchées et les vocalises organiques des morceaux de « This is all yours ». Adeline sera-t-elle notre nouvelle Matilda ? L’album se clôt avec « Last year », un morceau particulièrement planant – gonflé de réverbération, écrasé de soleil, à peine murmuré, sans doute susurré. Un morceau d’une douceur cristalline, qui laisse l’auditeur en apesanteur.

Avec « Relaxer », Alt-J propose huit titres élégants, qui plongent dans une torpeur presque aquatique et toujours pleine d’émotion. Si le groupe ne prend guère de risques avec cet album, il montre qu’il a parfaitement compris l’alchimie de l’amour et de son renouvellement : il faut faire du neuf, tout en restant soi-même. Avec Alt-J, la passion reste intacte.

Alt-J live 2017  / Site officiel

10 juin – Rouen @106
4 juillet – Lyon @Nuits de Fourvière
23 juillet – Paris @Lollapalooza

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Un pied à Paris, l'autre à Leipzig, j'explore les territoires de la culture et de l'écriture avec malice. Grand amour pour les chapeaux, les petits-déjeuners, la poésie et les voyages en sac-à-dos. Membre de la confrérie des roux et des passionnés de musique.