Pour cette première réalisation, Vincent Macaigne, acteur et metteur en scène, a dirigé sa troupe de comédiens sans moyens. Ils sont partis en 2013 dans le Val-de-Loire, caméscope en main, et ont transformé ce qui ne devait être qu’ateliers de travail en véritable force revendicatrice. Aucune subvention, peu de moyens mais une réelle exigence.

Pascal et Pauline, la trentaine, sont frère et sœur. Leur famille aisée a laissé à leur charge un magnifique domaine où ils ne vont jamais. Ces terres, ils les ont abandonnées pour le Mexique ou pour les Etats-Unis. Mais d’autres, leurs amis d’enfance qui sont restés, les lorgnent. Ceux-là n’ont pas eu la chance de pouvoir partir, alors ils se débattent avec ce qu’ils peuvent pour donner un sens à leur vie

Emmanuel Matte, Laurent Papot, Pascal Reneric, Pauline Lorillard, Copyright UFO Distribution

Une revendication politique et sociale

Vincent Macaigne ne se détourne pas d’une certaine influence russe qu’il revendiquait déjà en 2014 dans son adaptation de L‘idiot de Fiodor Dostoïevski. Ici, c’est au Cerisaie de Tchekhov qu’il fait référence. Deux mondes s’affrontent et une classe émerge. Dans Pour le réconfort, il y a bien trois strates, décrites avec cruauté et mettant en lumière tous les vices que les inégalités révèlent. Les prolétaires (Laurent Papot et Joséphine de Meaux) sont un peu benêts, proches de la pureté de la terre et si facilement malléables qu’on les exploite aussi bien physiquement que moralement. L’ancienne aristocratie n’en finit pas de chuter (Pauline Lorillard et Pascal Reneric). Toujours lâches et bien loin d’assumer leurs responsabilités, le frère et la sœur ont dilapidé leur héritage et le domaine va être mis aux enchères. Ils pleurent un temps qui n’existe plus et s’enferment dans la mollesse, la crédulité et l’orgueil. Et, au milieu, s’impose un couple (Emmanuel Matte et Laure Calamy) qui comprend bien que tout s’effrite et dont l’ambition cupide nourrit les actes. Ils profitent des faibles, mentent, manipulent, trompent et écrasent pour arriver à leurs fins. Ils ont trop bien compris comment fonctionne le système et frappent partout où sonne l’appât du gain. Ils hurlent de dures vérités qui claquent et qui assomment ceux qui les entendent, les maintenant dans un état impotent. Ces trois noirs profils révèlent le pire d’une démocratie dont l’utopie s’est essoufflée.

Pauline Lorillard, Copyright UFO Distribution

Une cacophonie inéluctable

Les six acteurs ne laissent place à (presque) aucune autre vie à l’écran. Comme au théâtre classique où les personnages sont limités et portent la pièce par leur voix, la vie toute entière se transfuse ici dans les mots. On y parle de la mort, d’une France vieillissante, des jeunesses meurtries par les jeux d’égo, on raconte la séduction, l’amour, la manipulation, la politique et le pouvoir. Les plans fixes et les longues tirades révèlent ces fêlures. Les paroles, bien qu’elles soient parfois jetées, criées, vomies, traduisent le mal-être omniprésent. Un malaise, une incompréhension générale, un refus d’écouter, un refus d’aider. Les personnages crient, se tordent de rage, pleurent l’oppression et les injustices personnelles, mais ne s’écoutent pas. Ils hurlent encore, mais en vain. Ces personnages ne s’entendent pas, aussi forte soit leur plainte. Et tout ça se termine par un commun « Mais tu t’en fous complètement de tout ça, en fait ». Triste constat que celui d’un monde où la communication est rompue par manque d’écoute et d’empathie.

Coup de poing sur l’éternelle lutte des classes, sur une déresponsabilisation omniprésente, sur la lâcheté et sur l’importance du travail, Pour le réconfort secoue. Et vu l’état des choses, cela semble primordial. Comme à son habitude, Vincent Macaigne soulève avec fougue les problématiques sociales et toutes proches qui hantent notre temps.

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.