Jean-Louis Borloo tire la sonnette d’alarme concernant l’état des banlieues françaises dans un rapport sur la politique de la ville. Parmi les 19 propositions faites, la culture semble plus que jamais avoir un rôle primordial à jouer. 

Jeudi 26 avril, Jean-Louis Borloo, chargé par Emmanuel Macron d’une mission sur la politique de la ville, remettait au Premier ministre Édouard Philippe un rapport « choc » sur la banlieue, intitulé « Vivre ensemble, vivre en grand pour une réconciliation nationale ».

Aujourd’hui en France, près de 6 millions de citoyens vivent dans une forme de relégation. L’archipel des 1500 quartiers de la politique de la ville (QPV), représente l’équivalent de la population cumulée des 10 premières villes de France. Parmi eux, 216 connaissent des difficultés urbaines plus graves encore, 60 sont en risque de fracture et 15 en risque de rupture.

Jean Louis Borloo évoque le sentiment des banlieues de ne pas pouvoir vivre « le rêve républicain »

Le rapport « choc » signé Borloo

Face à ce constat, auquel on peut ajouter plusieurs millions de français isolés dans des territoires ruraux, le rapport Borloo demande à l’État de redonner une second souffle synonyme de dynamisme et de cohésion des territoires pour ces âmes invisibles. « A défaut, fermenteront loin des yeux, le recroquevillement identitaire et le repli communautaire si trop de concitoyens ont le sentiment de ne pas participer au rêve républicain. Il ne s’agit plus de comprendre, d’expliquer, encore moins d’excuser. L’heure est à l’action. Au nom de la solidarité nationale, et en raison de l’immense gâchis que représente pour le pays cette jeunesse sacrifiée. 

Évoquant un risque de « nouvel apartheid » en matière de mixité, l’ancien ministre de l’Écologie de Nicolas Sarkozy propose désormais de créer un fonds de 5 milliards d’euros pour « changer la donne » dans les quartiers prioritaires en souffrance. En tout 19 propositions ont été faites pour améliorer les conditions de vie de ces habitants : de l’éducation à la mobilité, de la sécurité à la justice, de l’égalité à l’emploi, sans oublier la culture.

« Grandir par la culture »

Dans ce rapport de plus de 150 pages décrivant les 19 thématiques, Jean-Louis Borloo et son équipe accordent 5 pages à la culture où plusieurs idées sont mises en avant pour venir en aide à ces territoires enclavés.

Le rapport conseille ainsi de « jumeler obligatoirement toutes les institutions culturelles nationales et régionales avec les 300 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) pour porter sur tous les champs artistiques ». Il recommande également d’étendre l’initiative prise par la Philarmonie de Paris et les Micro-folies de La Villette, dispositif qui vise à développer l’éducation musicale et orchestrale, à un plus grand nombre de quartiers.

« Construire sa vie, construire le monde par sa vie, c’est l’ambition que la culture met à la portée de chacun. La culture est nécessaire partout car elle apporte ouverture, tolérance, dépassement de soi, maîtrise, épanouissement, confiance ».

Illustration issue du rapport Borloo

50 millions d’euros nécessaires

Dans un second temps, le rapport souligne l’importance du futur pass culture et l’extension des horaires d’ouverture des différentes bibliothèques. Un fonds de soutien de 50 millions d’euros est recommandé pour aider différents projets artistiques et associatifs. En tout 170 millions d’euros seraient accordés annuellement pour des initiatives culturelles en banlieue. L’accès à la culture et sa pratique relèvent selon le rapport, de l’égalité républicaine.

« Nous sommes capables de traiter l’essentiel de ces problèmes en quittant les angoisses de notre histoire, les dispositifs accumulés, entassés, sédimentés, inefficaces, contradictoires, éparpillés, abandonnés où l’annonce du chiffre spectaculaire tient lieu de politique. Redeve- nons une puissance d’actions, une grande puissance éducative, économique, scientifique, républicaine, fraternelle, dans le respect des rêves et des différences de chacun, en faisant coïncider notre grandeur avec le rêve républicain ».

Timides réactions

Au lendemain de l’annonce de ce plan jugé comme urgent par ces fondateurs, l’exécutif ne semblait néanmoins pas disposé à agir rapidement sur la question. Emmanuel Macron, en déplacement aux États-Unis, est resté loin de cette agitation médiatique, tandis que le premier ministre Édouard Philippe tentait d’éviter la question lors d’un déplacement en province, déclarant « ne pas encore avoir eu le temps de lire » le rapport.

Après avoir supprimé le Ministère de la Ville en mai 2017, le gouvernement continue, pour l’heure, à montrer son absence d’intérêt pour la politique de la ville. Une situation dommageable non seulement pour les quartiers, mais aussi pour la place de la culture au sein même de la République.

 

Retrouvez l’ensemble du rapport « Vivre ensemble, vivre en grand pour une réconciliation nationale » en téléchargement ici.

SHARE
Culture & Société