Dans ce roman, Didier Castino nous plonge dans un drame intime. Il y traite le deuil, l’univers qui se referme autour de nous après la perte d’un être cher et comment ne pas perdre pied avec la réalité. 

Hervé et Blanche sont ensemble depuis la fac. Amoureux passionnés, parents de trois enfants, ils habitent à Marseille, leur vie pourrait sembler parfaite. Seulement, un événement va bouleverser leur vie. Alors qu’elle se rend à la fac, un balcon s’effondre, Blanche était en-dessous.

Amour et souvenir

Ce récit, c’est celui d’une histoire d’amour. Après la mort de Blanche, Hervé se replonge dans ce qui a fait leur vie, leur couple, leur amour. De leur rencontre, à la naissance de leurs enfants, sans oublier les désaccords et les aventures, Hervé retrace sa vie avec Blanche.

Comme pour survivre, il retrace le fil de leur amour. Dans ce roman, Didier Castino interroge la permanence de l’amour. Avec une grande sensibilité, il écrit sur le deuil mais au travers des souvenirs. Le monde d’Hervé semble se rétrécir, il repense à ce que lui disait Blanche, il en fait des leitmotiv. Le roman suit les étapes du deuil et les questionnements internes de Hervé. Comment continuer à vivre quand on perd l’amour de sa vie ?

« Pour l’instant, ce n’est pas trop grave. On a pas commencé à vivre avec toi, morte. On ne sait pas encore ce que c’est. On verra plus tard. »

La réflexion sur la parentalité est aussi abordée dans ce roman très touchant. Parce que si le personnage principal a perdu sa femme, c’est aussi la mère, la figure maternelle. Il y a le combat pour rester debout et être capable de s’occuper de sa famille, tenir les bouts ensemble. Didier Castino décrit le bouillonnement intérieur de ce personnage qui pourrait paraître apathique d’un œil extérieur.

Faire société

C’est aussi un récit très engagé que nous propose l’auteur. Les deux protagonistes sont tous deux des militants. Face à la misère de la société dans laquelle ils vivent, ils s’indignent. Ils emmènent leurs enfants manifester, ils s’intéressent et discutent des problèmes qui régissent le monde d’aujourd’hui.

Engagé aussi car Blanche meurt sous un balcon qui s’effondre, on ne peut que penser au drame de la rue d’Aubagne qui a fait 8 morts en 2019 suite à l’effondrement d’un immeuble. Le récit a lieu dans cette même ville, à Marseille, où les conditions de logement dans certains quartiers sont plus que préoccupantes et dont les pouvoirs publics n’ont l’air d’avoir cure. C’est ce que défend aussi ce récit, la misère dans laquelle sont logés certains habitants.

La question que pose aussi ce roman, c’est comment continuer à militer quand on vit son propre drame ? Lorsque notre monde intérieur et personnel est bouleversé, comment aider celui plus large dans lequel on vit ?

« Je suis incapable de mesurer l’aveuglement qui me porte à parler de guerre intime. La violence de ta chute n’a d’égale que la violence du mot, elle se hisse malgré moi à la hauteur du malheur du monde. […] Je comprendrais alors que c’est ma guerre.« 

Un roman touchant et sensible, écrit avec beaucoup de pudeur, sur le deuil et sur l’amour.

« Quand la ville tombe », Didier Castino, Editions Les Avrils, 256 pages, 19€