L’autrice américano-camerounaise revient avec un second roman fort et poignant, qui retrace le combat d’un village africain face aux désastres sanitaires et écologiques causés par une compagnie pétrolière.

Le roman commence à la fin des années 80 pour se terminer en 2020. Imbolo Mbue, nous entraîne dans le petit village de Kosawa, bouleversé par l’arrivée de Pexton, une firme pétrolière américaine, qui pollue l’eau et les terres jusqu’à provoquer des maladies. Dans toute la vallée, les fuites des pipelines souillent les champs, les puits et le fleuve. Des enfants tombent malade et meurent. Lasse des promesses de réparation non tenues par l’entreprise, la jeune génération entend se défendre, et ce par tous les moyens s’il le faut. A sa tête, la jeune Thula est prête à y consacrer sa vie pour sauver son village.

La révolte de toute une génération

C’est une génération toute entière qui va se rebeller face à ces hommes et cette multinationale qui ne cessent de tuer les leurs. “Trop d’hommes perdent la notion de leur véritable nature, ce qui conduit les plus avides d’entre nous à considérer le reste de leurs semblables comme un festin à dévorer”. 

A travers les voix entremêlées de Thula, l’héroïne du roman – celle qui portera les rêves de révolution et de changements -, celles des enfants – qui suivent sans réfléchir -, mais aussi de Sahel, la maman de Thula – celle qui subit la vie et les deuils successifs – et de Yaya, la grand-mère, qui murée dans le silence se souvient de la douleur et de l’esclavage, l’écrivaine met sous nos yeux les conséquences de nos modes de vies énergivores sur des populations déjà appauvries et abandonnées. 

Ici, Imbolo Mbue nous montre les rouages d’une mécanique trop bien huilée, pensée au profit des grandes firmes et des dictateurs cupides, au mépris des gens. “Thula n’a pas balayé mes espoirs, elle m’a simplement fait remarquer qu’il n’était peu probable dans un pays comme le nôtre que l’on passe en douceur d’un gouvernement pitoyable à un gouvernement irréprochable. Notre nation n’avait pas les fondations nécessaires pour que cette transition se produise, par manque de constitution ; chaque pays doit se doter d’une déclaration émise par le peuple tout entier qui définit les contours du pays dans lequel il souhaite vivre afin de la bâtir ensemble”.

Le désespoir pousse à la violence

Oubliés des plus puissants et alors que l’Occident ne propose que de l’argent – tandis qu’ils demandent la vie -, ils n’y verront plus qu’une solution. Poussées dans leurs pires retranchements, seule la violence s’offre à eux comme ultime recours pour se faire entendre. “J’ignore les moyens dont dispose une fille pour faire payer les crimes de certains hommes mais il me reste toute la vie pour le découvrir”.

Entre abdication, renoncement ou bien la mort par le pétrole ou les armes à feu, que peut un petit village contre une grande multinationale qui subvient aux besoins de millions de personnes outre-atlantique ? C’est le combat de l’humain – celui qui croit en la vie, l’espoir – contre l’économie, qui ne juge que par le profit.

Imbolo Mbue signe un très beau roman politique sur l’éternel combat du pot de terre contre le pot de fer. Le récit poignant d’un petit village africain qui finit par s’insurger pour conserver ses terres, sa culture, mais surtout sauver ses enfants. Un roman de la résistance qui, malgré la violence et la corruption, prône l’éducation comme arme massive.

« Puissions-nous vivre longtemps », Imbolo Mbue (traduit par Catherine Gibert), Editions Belfond, 432 pages, 23 euros