Sorj Chalandon nous entraîne au cœur de son histoire personnelle, d’une histoire familiale emprisonné par la folie d’un père.

Emile a 12 ans. Vit dans une petite ville de province française dans les années 60. Son père est un héros. Champion de judo, footballeur, espion, parachutiste, il sait tout faire. Il aurait même été le conseiller du général de Gaulle. Mais Emile a aussi un parrain. Et comme son père, c’est un demi-dieu : espion américain, grand héros de la Seconde Guerre Mondiale, ami de son père, il doit revenir le plus rapidement possible en France pour rejoindre l’OAS et rendre l’Algérie à la France. Emile est un grand garçon, il comprend rapidement que l’Organisation a besoin de lui, et arrivera même à enrôler le petit « nouveau venu d’Algérie » dans son projet.

Mon père, ce héros

Emile est fasciné par ce père héroïque. Il lui fait vivre la grande aventure, la livraison de colis secret, les discussions par talkie-walkie et les manipulations d’un pistolet. Le roman pourrait être drôle et bon enfant. Mais cela ne s’arrête pas là. Le père souhaite alors préparer son fils, son petit « rebelle » comme il aime l’appeler. Emile se voit donc infliger des séries de pompes en plein milieu de la nuit, lui qui est si frêle et asthmatique. Mais la violence et les coups viennent ponctuer ces pages d’atrocité et les opérations finissent toujours, pour Emile, dans la maison de correction, cette armoire dans laquelle l’enfant restera enfermé des heures sans boire ni manger.

Sorj Chalandon a attendu la mort de son père avant d’écrire ce livre. Cette histoire, son histoire personnelle, est écrite à la première personne mais fait écho à la voix du jeune personnage, Emile. Pour la première fois, dans l’une de ces œuvres, l’auteur se met à nu et tente de faire la paix avec son enfance. Il retranscrit avec un ton juste et bouleversant le regard de cet enfant, qui ne peut comprendre cette situation. Pas de relations sociales, pas d’invités, pas d’amis ni de famille, la vie familiale se vit en huit clos, et impossible pour le jeune garçon de comparer avec l’extérieur. « Il annonçait la guerre et nous n’avions qu’une pauvre soupe à dire ». Le romancier fait briller chaque mot, enlevant tout pathos à son récit et créant une émotion vive au fil des mots.

Malgré son histoire douloureuse et déchirante, Sorj Chalandon nous transporte dans son passé d’enfant. Par ses mots et sa fragilité, l’écrivain signe un roman sublime.

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« Profession du père », Sorj Chalandon, Livre de Poche, 7,50 euros

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