Journal intime en même temps que carnet de campagne, Première dame est l’expérience éprouvante de celle qui a accompagné, malgré les scandales et les difficultés, son mari au cours d’une élection présidentielle. Un roman sur l’envers du décor des personnalités publiques et politiques.

Marie est mariée à Paul, ancien premier ministre d’un gouvernement de droite. Ils ont quatre enfants, leur famille est très soudée, mais s’apprête à devoir faire face à la période qui les mettra le plus à l’épreuve de leur vie : Paul a décidé de se présenter à la primaire de son parti, et est bien décidé à remporter l’élection présidentielle. Marie se lance alors dans l’écriture de ce journal, véritable compte à rebours jusqu’au jour de l’élection, qui rythmera les deux ans qui les en séparent.

C’est avec un enthousiasme partagé que Marie et ses enfants acceptent tout d’abord l’annonce de la candidature de Paul. Ils ont toute confiance en lui pour réussir, croient dans son programme de la droite traditionnelle. Et au début, tout se passe comme ils l’espéraient : le candidat de la gauche tombe sous les coups d’un scandale sexuel – qui ressemble d’ailleurs assez largement à un certain Dominique Strauss-Kahn en 2011 – et Paul remporte la primaire de la droite face à son principal adversaire, l’ancien président de la République. Marie, femme aimante et mère parfaite, ne peut que se réjouir de la victoire de son mari et n’imagine pas qu’il puisse perdre l’élection présidentielle qui les attend quelques mois plus tard. Elle attend avec impatience l’ébullition intellectuelle et le défi que représente une campagne présidentielle, tout en se réjouissant de pouvoir parfois aller se ressourcer dans leur maison de campagne.

De l’enthousiasme à la résignation

Mais cet état ne dure pas, et très rapidement Marie se trouve entraînée dans la spirale médiatique qui entoure les hommes politiques. Et des scandales touchant Paul et Marie éclatent à leur tour. C’est toute la droite traditionnelle et ses valeurs qui se retrouvent mises en cause par ces scandales – qu’on ne vous racontera pas pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais dont vous vous doutez bien. Marie se retrouve à douter de ce sur quoi elle avait construit sa vie : son dévouement infini à sa famille l’a conduite à se perdre sur la route, à ne plus vivre que pour les autres et à travers les autres. « Je croirais toutes les entendre, ma mère, mes soeurs, mes filles, mes amies. « Marie affronte son destin. » Avec courage. Avec patience. Lesquelles pensent « avec résignation »? » Elle se retrouve soudain à ne plus vouloir ce qu’elle croyait être le plus important… Et au coeur de cette tempête, c’est bien la force d’être une femme indépendante que Marie trouve.

Première dame est un roman qui mêle l’intime et le politique, où la vie privée n’est en quelque sorte que prétexte à réflexion politique. Et c’est en grande partie la vision politique de la droite traditionnelle, riche et évadée fiscale, possédant des résidences secondaires et pratiquant la chasse tout en prônant l’austérité, que ce roman interroge. Marie, seul individu véritable du roman, se livre intimement, mais c’est finalement la figure publique de l’épouse modèle qui prend le pas. Le conflit entre la forme littéraire de l’intime et l’environnement politique qui se joue tout au long du roman, n’est autre que l’influence néfaste d’une politique devenue médiatisation et communication, qui fait courir l’individu à sa perte en le forçant à entrer dans un moule. « Mon angoisse m’oppresse, comme si je ressentais, physiquement, le poids de l’enjeu politique de sa victoire et nos responsabilités.« 

Pas réellement un livre politique mais plutôt autour de la politique, Première dame est un roman qui s’inspire des scandales politiques des dernières années pour nous pousser à nous interroger sur ce monde qui nous entoure, ses paradoxes et sa puissance destructrice.

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« Première dame », Caroline Lunoir, Editions Actes Sud, 192 pages, 18€

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