Pourquoi vous devez regarder la saison 5 de Girls

Ca fait déjà cinq belles et longues années que la série HBO Girls, créée par Lena Dunham et produite par Judd Apatow, nous hante sur petit écran. On ne pense pas en dire trop en affirmant que les téléspectateurs sont souvent passés par les mêmes stades que les personnages en visionnant les épisodes : amour, tristesse, colère, empathie, ennui, lassitude souvent, attachement surtout. Regarder Girls, c’est comme regarder un enfant grandir ou un arbre pousser. C’est très beau, sublime parfois, mais la plupart du temps, c’est vraiment chiant. Excédés par la saison 4, trop lente, trop centrée sur le personnage insupportablement égocentrique d’Anna, on vous explique pourquoi Lena Dunham a rattrapé toutes ses errances en produisant une saison 5 brillante de réalisme et bourrée de tous les petits détails qui nous ont fait tomber amoureux de la série.

© HBO
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1. On ne voit pas que Lena Dunham (et comme vous vous en doutez, elle ne nous a pas manqué)

Pour une fois, le personnage d’Anna ne prend plus toute la place à l’écran et Lena Dunham nous épargne les vagues de plans sur son anatomie (on pourrait même dire qu’elle devient subtile!). Sans cacher ni oublier son personnage, la jeune réalisatrice semble enfin avoir compris que c’était plutôt l’ensemble des interactions entre les personnages qui intéressait. Pour cette cinquième saison, elle a donc mis en place un cadre très clair pour faire évoluer ses personnages à proximité sans qu’aucun ne prenne le pas sur l’autre : Shoshanna (Sozia Mamet) part travailler au Japon, Jessa (Jemima Kirke) reprend ses études pour devenir psychothérapeute, Marnie (Alison Williams) se marie avec Desi, et Anna s’implique dans son travail de professeur. Les personnages se détachent donc progressivement pour vivre chacun leur vie de leur côté : L’épisode 3, Japan, est ainsi consacré entièrement à Shoshanna et à son évolution niponne, tandis que l’épisode 6, Panic in central parc, se concentre sur le cheminement de Marnie dans les rues new-yorkaises et ses retrouvailles étonnantes avec Charlie. On accède avec plus de profondeur à la psychologie de personnages que l’on connaissait finalement bien peu. Si dans les saisons précédentes on voyait les personnages à travers les yeux d’Anna, cette cinquième saison est l’occasion pour chacun de trouver sa propre voix (et sa propre voie). On s’immisce aussi avec plaisir dans la vie de personnages plus secondaires comme Elijah (Andrew Rannells), qui se développe pour la première fois à l’écart du quatuor féminin.

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2. Les personnages grandissent avec nous et c’est adorablement touchant

Cet isolement des personnages permet à chacun de s’étendre de façon plus réaliste et moins fantasque. Comme s’ils avaient tous quitté une cage familiale malsaine et destructrice, on découvre des personnalités tempérées, tristes sans être faussement déprimantes, heureuses sans être excessivement euphoriques : les émotions exprimées perdent de leur superficialité, de leur hypocrisie pour laisser place à une expression plus honnête. Mal du pays et amours déçus pour Shoshanna, expérience homosexuelle et mal-être relationnel pour Anna, joies et désillusions pour Marnie, hésitations et sentiment de trahison pour Jessa et Adam… Les personnages rencontrent des obstacles de taille et se battent enfin pour les surmonter sans se plaindre inlassablement. Ils ont grandi en même temps que nous, et il est touchant de voir que le passage de la catégorie « jeune adulte » à la catégorie « adulte responsable » est aussi difficile pour eux que pour nous : tout le monde est perdu, hésite, marche encore sur la pointe des pieds. C’est très beau toutes ces hésitations, toutes ces petites joies, ces petites gênes et déconvenues inattendues.

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3. La bande-son claque

Il faut rendre à César ce qui appartient à César : Lena Dunham a toujours su choisir avec brio les musiques qui berceront ses épisodes. Harper Simon, Jennifer Lopez, The Knife, Scissor Sisters, Regina Spektor ou encore Black lips La réalisatrice a créé autour de ses saynètes une atmosphère musicale toujours dans le ton, moderne et actuelle, qui joue allègrement avec les nombreuses références pop constituant le répertoire des spectateurs de la série. La saison 5 n’est pas en reste : du très rythmé « It » de Christine and the queens, à la superbe reprise de « Life on mars » par Aurora en passant par le triste « Here’s to us » d’Ellie Goulding, on tape encore en plein dans le mille. On retrouve l’ambiance pop désabusée qui ponctue la série depuis le début et qui en fait l’un de ses points forts. On vous a donc concocté  pour l’occasion une petite playlist qui vous donnera une idée de l’atmosphère musicale de la saison :

4. On visite les tréfonds poisseux et bling-bling d’un New-York à deux vitesses

Il faut l’avouer, les séries américaines ont rarement brossé un portrait fidèle des rues new-yorkaises. Si l’on met de côté Broad City, New-York est souvent représentée comme un mix entre Manhattan, grands immeubles de verre et soirées branchées dans des hôtels particuliers. Ce serait comme imaginer un Paris sans Belleville, sans studios poisseux et sans bars sinistres. Avec Girls, on est bien loin de tout ça. Depuis le début de la série, c’est la galère pour les personnages qui vivent tous à Brooklyn, le quartier pauvre de New-York : Anna doit demander de l’argent à ses parents, Jessa vit un moment chez Shoshanna et Adam est longtemps entretenu par sa grand-mère. Dans la saison 5, Lena Dunham va plus loin en confrontant les mondes qui s’y côtoient  : Elijah sort avec une personnalité qui le propulse dans un New-York branché et huppé, tandis que Marnie foule pieds nus le sol des quartiers mal famés où elle subit une agression à main armée. Les contrastes sont forts et les personnages qui semblent appartenir à un entre-deux se perdent dans ces mondes trop extrêmes. Le voyage semble d’ailleurs être une thématique forte de la saison : voyage chez les riches New-yorkais, chez les laissés-pour-compte, chez les japonais, chez les drogués anonymes… De nombreux allers-retours qui se superposent, mettent les personnages en danger et les poussent à une remise en question profonde.

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5. La réalisation gagne en profondeur

Profond. Si l’on devait choisir un terme pour définir cette saison, ce serait bien celui-ci. Tous les thèmes de prédilection de la série sont creusés doucement, subtilement et avec une délicatesse qui commençait à manquer dans les deux saisons précédentes. On sent le regard de Lena Dunham plus mature sur ses personnages, plus proche et plus empathique. Elle les pousse à bout pour mieux les travailler ensuite au cours d’expériences multiples : Anna finit dans un camp de hippies qui interdit téléphones et colère, Shoshanna expérimente un bar sado-maso au japon, Jessa découvre un amour interdit et Marnie se retrouve confrontée aux difficultés d’une vie maritale malheureuse. Il est plaisant de pouvoir remettre un sens derrière toutes ces pérégrinations qui avaient perdu de leur consistance au fil des saisons. On retrouve la dynamique de personnages qui se débattent côte à côte, rapprochés par leurs déboires et éloignés par leurs contradictions.

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Si ce n’était pas encore assez clair, on vous enjoint très chaudement à regarder cette cinquième saison. Vous sourirez beaucoup, pleurerez un peu et surtout compatirez tendrement avec ces personnages qui semblent taillés dans le verre de nos reflets, et qui dessinent délicatement les étapes d’une maturation aussi difficile que sublime.