« Le son c’est infiniment mieux que l’écrit, et même que l’image. Pourquoi est-ce qu’on aime tellement le son ? C’est parce que celui qui écoute fait la moitié du chemin, il y a un effort d’imagination.»

Pascale Clark*

Dans un monde où les images règnent en maître, où des milliers de vidéos sont partagées sur internet et où les gifs imprègnent le web, le podcast est un paradoxe. Plus d’un million de podcasts seraient écoutés chaque jour en France, et de nouvelles émissions surgissent chaque mois. S’il est en retard par rapport au marché américain, le podcast français fait lentement son chemin et semble raviver un intérêt perdu pour le son.

« Nouvelle école », un podcast sur la création proposé par Antonin Archer

Dans les sillons de la radio

Contraction « d’iPod », le baladeur d’Apple et de « broadcast » – qui signifie « diffuser » en anglais -, le podcast désigne un contenu sonore diffusé sur internet. On trouve des podcasts extrêmement variés, autant dans les formats que dans les thématiques qu’ils abordent. On peut ainsi écouter une capsule sonore sur l’histoire médiévale, une autre sur le féminisme, un talk-show de deux heures sur l’actualité numérique, ou encore prêter l’oreille à des entretiens pop sur la culture Afro. Nouveaux formats, nouvelles formes d’écritures, nouvelles écoutes : le podcast n’a de cesse de renouveler les propositions sonores.

Pourtant, si les radios et la télévision se sont rapidement appropriés ce nouveau mode de diffusion pour proposer des programmes « en replay », le terme « podcast » ne désigne pas seulement les « programmes de rattrapage ». Né du croisement d’internet et de la radio, il se situe précisément à l’intersection des deux médias et la radio en replay n’est qu’une infime fonction dans le vaste univers du podcast. Le podcast fait aussi et surtout référence à des pure-players indépendants, que l’on appelle aussi « podcasts natifs ». Ancré dans une tradition radiophonique particulièrement forte en France, il permet, contrairement à la radio, de parler de tout dans la plus grande liberté et sans contraintes de formats. Aussi un grand nombre de podcasts émergent-ils dans l’ombre des stations hertziennes, pour le plus grand plaisir des auditeurs avides de « nouvelles écoutes ».

« Quoi de meuf », un podcast féministe proposé sur Nouvelles Ecoutes
« No Fun », un podcast sur l’actualité rap (Binge audio)

Les défis du podcast 

Pour un auditeur novice, il est difficile de savoir par où commencer car les acteurs du podcast français sont extrêmement fragmentés. S’il émerge peu à peu des « studios de podcasts » tels que Binge Audio, BoxSons ou Nouvelles Ecoutes, la plupart sont encore le fruit de passionnés. On les trouve sur Itunes, mais elles sont peu diffusées chez ceux qui ne se sont pas branchés sur ce petit monde. De plus, le podcast a du mal à devenir une activité rentable, capable de financer lui-même des structures. L’absence de financement est un frein important à sa diffusion et à sa popularisation. En dehors de la musique, payer pour de l’audio est une idée saugrenue en France où la radio publique est de bonne qualité et se passe généralement de publicité. Ainsi, le marché du podcast peine à décoller : le manque d’audience conduit à un déficit d’annonceurs, et le manque d’annonceurs empêche le podcast de se populariser. Cet engrenage pose donc la question de sa légitimité culturelle et redonne de l’importance à la communauté. C’est elle qui permet de légitimer le podcast comme objet culturel et de le rendre viable en le finançant eux-mêmes et en le diffusant par les réseaux sociaux ou le bouche à oreille.

Le podcast représente une grande innovation dans la création sonore. Il donne lieu à de nouvelles écritures et à de nouveaux modes d’écoutes, et il expérimente une nouvelle manière de s’approprier le son. Il est une proposition alternative au son saturé des radios, à l’intensité des images, à l’omniprésence de la publicité… bref, à la saturation des écrans qui nous entourent. Fondé sur l’écoute, le podcast permet « d’ouvrir des nouvelles fenêtres », des fenêtres à hauteur d’homme car il passe avant tout par une confiance que l’auditeur accorde aux créateurs. Sujet passionnant parce qu’il est toujours « en devenir », le podcast a de beaux jours devant lui. Il est une invitation à rire, à rêver, à réfléchir et à explorer. Le podcast, au fond, prend soin de nos oreilles.

Notre sélection de podcasts

 » Entre « , sur Louis Media. « Entre » suit les aventures de Justine, une petite fille de 11 ans qui découvre le collège. D’une petite voix flûtée, elle évoque les douceurs et la violence d’une année de sixième, les interrogations et les rêves qui se tissent à « la préadolescence ». Elle est maline, vive et touchante, et on l’écoute, tous les mercredis, comme on dégusterait une pâtisserie .

« Nouvelle Ecole » : chaque lundi, Antonin Archer publie un épisode de Nouvelle Ecole, un podcast qui donne la parole à un artiste, créateur ou entrepreneur. La force et l’originalité de ce podcast résident dans le ton libre de l’échange et dans la sublime capacité d’écoute que développe Antonin – faisant de lui un des maîtres de l’interview. Il se livre en même temps qu’il interroge et finit toujours par proposer une vision singulière de la création. Laure Adler, Khyan Khojandi, Solange Te Parle, Charlotte Pudlowski y sont passés, mais on l’écoute aussi pour lui.

« No fun« , sur Binge Audio : Une fois par semaine, Mehdi Maïzi et son crew décortiquent l’actualité du rap et du hop-hip. « Dinos, rap rêveur », « Hamza hédoniste mélancolique », « Que vaut Agartha, l’album de Vald ?  » : ultra-pointus mais jamais barbants, ils passent au crible un artiste, un album, un projet et ponctuent leurs entretiens de recommandations musicales qui sont toujours de bon ton.

« Que sont-ils devenus ? », sur Arte Radio : C’est un des petits derniers d’Arte Radio (par ailleurs, la mine d’or du podcast). Ancienne prof de collège dans une banlieue difficile, Delphine Saltel a jadis enregistré ses élèves, capté les rumeurs d’une cour de récré et saisi le brouhaha d’une salle des profs. Que sont devenus la première de la classe, le caïd, la terreur du collège ? Elle les retrouve, quinze ans plus tard, pour évoquer leurs parcours. Un documentaire juste et poignant qui fait remonter à la surface les souvenirs de chacun et qui pose la question du rôle l’éducation.

 » The boys Club », sur Madmoizelle : On ne naît pas homme, on le devient. Un mercredi sur deux, Mymy et Fab donnent la parole à un invité masculin pour qu’il livre aux auditeurs son histoire en tant qu’homme et explique sa conception de la masculinité. Comme le disait Antonin Archer, invité d’une des dernières émissions, il y a « un éventail de plein de façons d’être un homme« , et c’est passionnant.

« Rives de Seine », sur Binge Audio : Ok, Rives de Seine est terminé depuis un an, mais ces 12 épisodes sont des pépites. Dans ce podcast, Julien Cernobori embarque ses auditeurs sur les quais de Seine et déploie lentement, tendrement -presque au rythme de l’eau – une conversation avec des anonymes. Une balade dans Paris, l’été, au gré du temps qui passe.

 *Chronique « Bienvenue à BoxSons ! », dans L’humeur vagabonde sur France Inter, présentée par Kathleen Evans et diffusé le 30 avril 2017. www.franceinter.fr/emissions/l-humeur-vagabonde/l-humeur-vagabonde-30-avril-2017

« Super héros », un Podcast sur des histoires extraordinaires (Binge Audio)
« Que sont-ils devenus », un podcast sur le destin de collégiens retrouvés 15 ans plus tard (Arte Radio)
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Entre Paris et Rouen, j'explore les territoires de la culture et de l'écriture. Membre de la confrérie des roux, des adorateurs de bière et des passionnés de musique.