La fin de mois est difficile et vous ne pouvez pas vous offrir les livres de la dernière rentrée littéraire ? Pas d’inquiétude, la rédaction d’Untitled Magazine a pensé à vous et vous a concocté une sélection de livres à petit prix mais de grande qualité !

« Mécanismes de survie en milieu hostile », Olivia Rosenthal

Dans ce roman à mi-chemin entre l’autobiographie et le thriller surnaturel, Olivia Rosenthal nous livre un récit poignant sur le corps et les barrières mentales que l’Homme met en place pour survivre au drame personnel. Ecrit à la première personne, on suit le parcours de la narratrice dans quatre univers différents et face à quatre épreuves qui la mettent au défit de sa survie mentale mais aussi physique. Entrecoupés de passage en italiques qui nous racontent des expériences de morts imminentes, l’auteur nous explique comment survivre à la vie.

Poignante, dure mais d’une subtilité unique, Olivia Rosenthal traite dans ce roman des blessures mentales et des mécanismes primitifs qui régissent l’esprit pour se protéger des agressions extérieures. Avec une maîtrise totale et sublime de la langue, elle nous amène dans une histoire qu’on comprend à demi-mot au début et qui se délie peu à peu pour nous confronter à l’indicible dans les dernières pages.

« Mécanismes de survie en milieu hostile », Olivia Rosenthal, Editions Folio, 192 pages, 6,60€

« L’invention de nos vies », Karine Tuil

Sam Tahar est un brillant avocat au barreau de New York et semble tout avoir : une fortune, un beau mariage et la célébrité. Mais tout cela repose sur une imposture. Pour faire avancer sa carrière, et se créer une autre identité aux Etats-Unis, il a emprunté les origines juives de son ami Samuel, écrivain manqué d’une banlieue parisienne. Samir ou Samuel, le diminutif reste le même. Mais le destin change. Elève brillant, reçu parmi les dix premiers spécialistes en droit pénal, il se heurte à un problème en envoyant son CV. Une cinquantaine de cabinets, pas un seul entretien, alors que les autres étudiants de sa promo, moins doués, décrochent un poste. Et quand il change de nom, reprends ses recherches, en une semaine le voilà avec trois entretiens et une embauche !

Il est rare qu’un roman fasse découvrir autant de personnages complexes : ils sont changeants, incohérents, arrogants. On les aime autant qu’ils nous agacent… Mais dans l’histoire, il n’y a pas que Samir et Samuel, il y a aussi Nina, la compagne de Samuel, François le demi-frère de Samir, et sa mère…

A travers ce roman, Karine Tuil s’attaque à un sujet passionnant : le mensonge. Peut-on vivre éternellement grâce à une imposture ? Quelles sont ces existences ? Mais ici, il est aussi question de la vie des femmes, de ces vies sacrifiées, qu’elles soient belles, vieilles ou riches, ne semblent-elles pas toutes souffrir des désirs des hommes ? Tissant un roman à la fois social et politique, Karine Tuil réussit avec prouesse à nous transporter dans « l’invention de ces vies ».

« L »invention de nos vies », Karine Tuil, Edition Livre de Poche, 504 pages, 7,90 €

« Une femme entre deux mondes », Marina Carrère d’Encausse

Valérie est écrivaine, une écrivaine connue. Un jour, elle accepte l’invitation d’un club de lecture, au sein d’une prison pour femmes. Alors que sa vie semble parfaite, elle est plongée dans un autre monde que le sien. Lors de la lecture d’un extrait de son livre, une jeune femme sort en pleurs. Valérie tente alors d’en savoir plus, et une belle histoire d’amitié suit. Au fil des lettres, c’est Nathalie, prisonnière qui aidera Valérie, jusqu’au jour où…

Marina Carrère d’Encausse nous offre dans cet ouvrage une très belle analyse de la femme. Dès les premières lignes, le lecteur peut être gêné par les rapports homme-femme et de la domination très masculine. Mais très vite, avec son écriture légère et fluide, elle nous transporte un monde inconnu où chacune est enfermée dans sa vie. Mais qui est réellement prisonnière ?

« Une femme entre deux mondes », Marina Carrère d’Encausse, Edition Pocket, 6,70 €

« Désert solitaire », Edward Abbey

Forme d’autobiographie réflexive, Désert solitaire raconte les quelques saisons en tant que ranger qu’Edward Abbey a effectué dans le parc national des Arches Monument, dans l’Utah. Ces mois seul à parcourir le parc sont l’occasion pour l’écrivain américain d’admirer la nature, la faune et la flore qui peuplent l’Ouest américain, dans une solitude profonde brisée seulement par ses interactions avec les quelques touristes qui s’aventurent dans ce parc, à l’époque encore difficilement accessible. Ce récit est le carnet d’une immersion dans l’immensité du désert, dans la contemplation de la nature qui l’entoure et qu’Edward Abbey sait menacée.

Parce que « Désert solitaire » est bien plus qu’un livre sur l’été solitaire d’un ranger : il offre au lecteur une réflexion poussée et puissante sur l’influence de l’homme sur son milieu, sur la vision d’un progrès économique tout-puissant, et qu’on se refuse à limiter, qui menace l’existence des parcs nationaux tels qu’Edward Abbey les aime. L’humour et la provocation sont les meilleurs outils à la portée de l’écrivain pour faire passer son message, et tenter d’éveiller les consciences. On apprécie tout particulièrement les lignes sur sa haine des automobilistes, touristes qui ne supportent pas de sortir de leur voiture pour marcher et qui dénaturent les parcs nationaux.

Gallmeister permet à ceux qui n’avait jamais eu l’occasion de dévorer ce classique américain de le découvrir, cinquante ans après sa publication, toujours aussi d’actualité alors que le progrès économique marque au fer rouge notre patrimoine.

« Désert solitaire », Edward Abbey, Editions Gallmeister, 352 pages, 10€

« Femme à la mobylette », Jean-Luc Seigle

Reine tente tant bien que mal de s’occuper de ses trois enfants seule, depuis que son mari est parti. Elle a les assistantes sociales sur le dos, et des avocats qui essayent de lui enlever Sacha, Sonia et Igor. Sans parler du fait qu’elle a perdu son emploi… Reine ne sait plus quoi faire, désespère, et pense à commettre l’irrémédiable. Quand soudain arrive un miracle : elle trouve, abandonnée dans son jardin, une mobylette bleue, tout ce qui lui manquait pour obtenir un emploi. Elle mise tout sur cette mobylette, « sa grosse bleue » comme elle l’appelle, et compte sur elle pour remonter la pente.

Femme à la mobylette est le récit délicat d’une femme qui s’ébat pour conserver son quotidien, pour donner l’essentiel à ses enfants qui sont tout pour elle, mais qui n’en semble pas capable. Une extravagance et une simplicité que le lecteur ressent à travers les yeux d’Igor, fils plus sensible que les autres, et qui comprend sa mère. On se met alors à redouter avec lui les crises, les moments d’excitation et les dépressions qui les suivent… Un roman où les miracles existent, mais où tout peut basculer d’un moment à l’autre.

« Femme à la mobylette », Jean-Luc Seigle, Editions J’ai Lu, 320 pages, 7,90€

« Mourir est un enchantement », Yasmine Chami

Sara, mère cinquantenaire, sait qu’elle va bientôt mourir. Alors entourée de ses fils Younes et Salim, elle remonte le fil de ses souvenirs, grâce à un sachet de photos qui rassemblent des moments d’intense bonheur et de profonde tristesse qui ont traversé sa vie. Elle pioche donc et tire du sac des photos sans ordre chronologique, desquelles s’ensuivent de longues réminiscences de son enfance bourgeoise au Maroc, du changement provoqué par l’indépendance mais d’une famille soudée et aimante.

Le lecteur apprend donc, à travers la plume attentionnée et nostalgique de Yasmine Chami, la rencontre entre son grand-père d’origine algérienne et celle qui deviendra sa femme, infirmière française. Il découvre les joies d’une Sara enfant, entourée de ses cousins et cousines, admirant la beauté de ses grand-mères, échangeant des conseils littéraires avec son grand-père. La mort est le fil conducteur de ce récit, Sara sait qu’elle pourrait bientôt perdre tout cela, mais bien que la tristesse soit présente, elle ne prend jamais le dessus sur la joie des souvenirs et l’amour d’une famille soudée malgré les déconvenues.

« Mourir est un enchantement », Yasmine Chami, Editions Actes Sud/Babel, 112 pages, 6,50€

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