Du 18 janvier au 2 juillet 2018, le Musée de l’Homme à Paris expose une très belle collection de clichés signés Pierre de Vallombreuse, photographe-aventurier passionné par la question des peuples autochtones à travers le monde. On y découvre la vie des Taw Batu dans une vallée perdue de l’île de Palawan, aux Philippines.

Entièrement gratuite, l’exposition Le Peuple de la Vallée au Musée de l’Homme à Paris vous propose d’en apprendre un peu plus sur un curieux peuple, les Taw Batu, appelés aussi « hommes des rochers ». Ils sont une bonne centaine à vivre dans une vallée perdue de l’île de Palawan aux Philippines, au rythme de la nature et en quasi autarcie. A travers une série de clichés en noir et blanc, le photographe Pierre de Vallombreuse, qui les connaît bien, nous invite à la contemplation et à la rêverie. Un voyage ou l’homme et la nature se confondent parfois.

Enfant jouant dans un potager, (c) Pierre de Vallombreuse

Une relation de confiance

La première fois que Pierre de Vallombreuse a pénétré dans la vallée de Singnapan sur l’île de Palawan aux Philippines, il avait 26 ans. Depuis, il y est retourné dix-sept fois et a passé près de quatre ans aux côtés des Taw Batu, seuls habitants de cette vallée luxuriante de 70 ha bordée de falaises calcaires qui abritent de nombreuses cavernes. C’est ici que pendant longtemps, les Taw Batu se sont réfugiés à la période des moussons, ce qui leur a valu le surnom « d’hommes des rochers ».

En nouant une véritable relation avec eux, en gagnant leur confiance et en apprenant leur langue, le photographe a pu capter quelques instants de leur vie quotidienne. Ce sont par exemple des enfants jouant dans les plantes ou se balançant au bout d’une liane, une famille partant pêcher, un couple allant chasser, mais aussi un marché croulant sous des trombes d’eau, une séance d’épouillage ou encore une veillée nocturne au son de la techno-pop malaise.

Un enfant se balance au bout d une liane, 2015 (c) Pierre de Vallombreuse

Car oui, les Taw Batu sont loin de répondre à l’idée que nous occidentaux, nous nous faisons parfois de ces peuples autochtones, appelés à tort « primitifs ». Ici, pas de pagnes mais des tee-shirts avec des slogans en anglais imprimés dessus. Pas de rituels chamaniques autour d’une idole en bois mais une simple vision d’un morceau de forêt hanté par les esprits. Les clichés de Pierre de Vallombreuse sont d’autant plus beaux qu’ils sont vrais, sans faux exotisme. Sans prétention non plus de se faire ethnologue, le photographe parvient pourtant depuis des années à documenter avec justesse et sensibilité la vie des Taw Batu, mais pas seulement. En 30 ans, Pierre de Vallombreuse a en effet constitué un fond photographique exceptionnel de 150 000 clichés sur 43 peuples à travers le monde.

Taw Batu, janvier-février 2016 (c) Pierre de Vallombreuse
Portrait de couple, 2017 (c) Pierre de Vallombreuse

Un peuple menacé

A la fin des années 1990, après déjà plusieurs séjours, Pierre de Vallombreuse voit d’un mauvais œil le développement de l’île de Palawan, avec ses compagnies agricoles et ses projets miniers, qui menacent l’équilibre écologique de cette terre si longtemps préservée. La Vallée, bien qu’à l’abri à l’intérieur des terres, commence elle aussi à subir des perturbations du monde extérieur. Le pasteur Lumihai, en quête de pouvoir, commence à convertir les Taw Batu, traditionnellement animistes, à la religion chrétienne, et Pierre voit peu à peu cette société pacifiste et sans chef se faire contaminer par la société moderne. Pour ne pas assister à la mort de La Vallée, Pierre décide donc de la quitter définitivement et d’alerter l’opinion publique mondiale sur la situation des peuples autochtones à travers le monde. Mais en 2010, le photographe qui vient de perdre son père éprouve le besoin de retrouver sa seconde famille qu’il pense avoir abandonnée.

A sa grande surprise, lors de son retour dans la Vallée, Pierre de Vallombreuse constate d’abord qu’elle a étonnamment bien résisté aux dangers extérieurs, et cela malgré la montée en puissance d’une guérilla communiste sur l’île. Les Taw Batu ont certes évolué, il y a désormais une petite école dans la Vallée, ils ont des téléphones portables et des lecteurs de DVD chinois qu’ils rechargent grâce à des panneaux solaires, ils écoutent de la techno pop et accueillent même, parfois, de courageux touristes. Mais ils ont aussi su repousser le vil pasteur et continuent de croire aux esprits de la forêt, ils cultivent toujours leur propre riz, vivent de pêche et de chasse et ont su préserver leur cadre de vie et leurs coutumes, même s’ils s’abritent de moins en moins dans les cavernes qui ont fait leur réputation.

Pour autant, le danger rôde toujours autour de cet écrin paradisiaque en proie à la convoitise de beaucoup d’hommes. Pour Pierre de Vallombreuse, les Taw Batu vivent « une période de transition, de basculement », et cette fois-ci le photographe est bien décidé à ne pas abandonner ses amis. Cela passe par une discussion en cours avec le Museum d’Histoire Naturelle des Philippines pour accélérer le classement et la protection de la Vallée, la publication d’un livre très complet au mois de mai et cette exposition, modeste mais de qualité, au Musée de l’Homme jusqu’au 2 juillet 2018.

La Vallée au petit matin, 2016 (c) Pierre de Vallombreuse

Le Peuple de la Vallée
Par Pierre de Vallombreuse
Musée de l’Homme
Auditorium Jean Rouch
17 place du Trocadero
Paris 16
Du 18 janvier au 2 juillet 2018 – Entrée gratuite

Retrouvez les travaux de Pierre de Vallombreuse sur son site officiel.

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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.