Jeudi 6 Mars, le Nouveau Casino accueillait sur sa scène Peter Peter. Les échos électriques et sales se sont entremêlés aux hurlements passionnés des saxophones.

La soirée s’annonce sous une belle perspective. Tout d’abord parce que je me perds dans un des nombreux quartiers de Paris que je ne connais pas. Mais aussi, et surtout, parce que le chanteur québécois  Peter Peter joue ce soir au Nouveau Casino.

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Une version améliorée de la tristesse, son second album, est sorti à peine une semaine plus tôt dans les bacs français – d’ailleurs c’est quand vous voulez pour nous sortir son premier album homonyme, il est jamais trop tard… L’EP sorti en automne donnait un avant-goût de ce qui nous attendait mais la frustration de ne pas en avoir plus a fini par apparaître à force d’écoutes en boucle. Ô surprise, ô joie que la nouvelle de ce concert annoncé dans la foulée de la sortie de l’album ! C’est la première fois pour lui. Le premier vrai concert sur Paris d’après ses dires. Mais avant que le gros nom de l’affiche ne prenne place, le groupe Louves occupe la scène.

De la pop qui te regarde dans les yeux, grogne et marmonne son amour pour un mec, voix grave de femme grave, écho aiguë de fillette pas encore évanouie. Le regard de la chanteuse te toise, te dit merde, « Des Portes » te fait remuer au milieu d’un public content de voir une première partie, toujours trop courte, réussie. On a l’impression que les quatre filles de Louves sont tellement bien sur scène qu’elles n’ont pas envie de partir. Du tout. Elles s’y sentent bien et le public acquiesce. Quatre mauvaises filles qu’on a hâte de revoir (d’autant plus qu’elles aiment bien Xavier Dolan).

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© Antoine Scalogna

Le moment est important, Peter Peter a enfilé son plus beau pull, vert bouteille, trop grand. « Une version améliorée de la tristesse » ouvre le début du concert après une intro au synthé, et déjà les corps entassés dans la salle comble prennent le rythme. La batterie sonne mat alors que le saxophone baryton donne de la voix. Celle du leader est un souffle, une complainte accordée aux envols de l’alto. Et, alors que les yeux s’ouvrent et se ferment doucement, un cri.

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© Antoine Scalogna

Rauque, agressif, empoisonné. Il brise les miroirs dressés par un chant finalement trop calme en comparaison des textes contre-jour, pleins d’une poésie qu’on croyait disparue en notre sein, jeunesse soumise. Une sorte de remède à la froideur des grandes étendues urbaines. Puis l’amour, toujours, des faussement naïfs « Réverbère » et « Beauté Baroque », repose son voile sur la colère enfouie d’un enfant bercé aux contes mythologiques. Les cyclopes hallucinés sortis de « MDMA » frappent, on ne les entend pas. Une ou deux chansons issues du premier album font le bonheur de ceux qui les découvrent, mais il manque quelque chose. Ce cri entr’aperçu au début du concert, point d’orgue du spleen de Peter Peter, se fait désirer. Sans lui, la frustration accumulée d’amours vains et impossibles ne peut exploser. C’est alors que les sons se fondent les uns dans les autres, guitare électrique et saxos, à qui ira le plus haut et le plus fort éclater l’abcès. Une libération bienvenue alors que le concert se termine déjà.

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© Antoine Scalogna
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© Antoine Scalogna

Le jeune chanteur québécois a réussi deux choses : déringardiser le saxophone pop en lui offrant le rôle de vecteur vers Les Chemins Etoilés ; incarner les sentiments de manque, d’obsession, de peine et d’espoir tout de même d’une jeunesse en cruel manque de poésie.