La dessinatrice Cendrine Rovini et le plasticien Paul Toupet se réunissent pour la première fois autour du thème de la persona jusqu’au 23 juillet à la galerie Da-End.

La persona, entre masque social et véritable identité

Voici un terme qui en intriguera plus d’un ; celui de la persona, issu de la psychologie analytique. A ses origines, il désignait les masques que portaient les acteurs de pièces de théâtre antique et avaient pour fonction de donner à l’acteur l’apparence du personnage qu’il interprétait.

Ce même terme a ensuite été repris par le psychanalyste Carl Gustav Jung pour désigner la part de la personnalité qui définit le rapport de l’individu à la société, plus précisément la manière donc chacun de nous va se doter d’un masque afin de tenir son rôle social. Mais cette conception jungienne possède aussi un risque ; celui que ce « masque social » vienne usurper notre véritable identité. A partir de quel moment pouvons-nous déduire que la barrière entre notre être et notre paraître est franchie ? C’est sur cette définition de la persona et ce dernier questionnement que les deux artistes, Cendrine Rovini et Paul Toupet, se sont penchés.

© Courtesy des artistes et la Galerie Da-End, Paris
© Courtesy des artistes et la Galerie Da-End, Paris
Le jeu d’enfants macabre de Paul Toupet

A peine entrés dans la galerie, l’atmosphère est saisissante ; on se retrouve encerclés par des créatures étranges, mi enfant mi lapin. Certaines sont mises en scène depuis l’entrée (de quoi vous faire frissonner dès le début de la visite), d’autres sont présentées comme des trophées sur une table. Des dizaines de paires d’yeux vous observent, et tous ces personnages en mouvement semblent esquisser une scène de jeu macabre. Que nous cachent-ils ? Il faut d’abord s’en approcher pour comprendre ; les sculptures du plasticien Paul Toupet ne sont pas hybrides ; il s’agit de silhouettes d’enfants affublées de masques de lapin, rappel du « masque social » pensé par le psychanalyste Jung.

Même s’il s’agit d’enfants ou d’adolescents, l’expérience est déstabilisante : au vue de la notion de persona, on comprend bien que derrière ces masques à la forme animale -à priori attendrissant, peut se cacher une vérité plus sombre. Confirmation faite dans l’un des recoins de la galerie qui évoque les sinuosités obscures de notre esprit. A l’extrémité du passage, éclairé par une lumière rouge saisissante, l’un des enfants au masque de lapin est assis et semble attendre de pied ferme. On l’entendrait presque dire, d’une voix faussement innocente, « Tu veux jouer avec moi ? ».

© Courtesy des artistes et la Galerie Da-End, Paris
© Courtesy des artistes et la Galerie Da-End, Paris
Quand Rovini dessine la confusion intérieure

Au milieu de toutes ces créatures sont parsemés les dessins de Cendrine Rovini, apport onirique à l’exposition. En effet, l’esthétique y est plus douce, les couleurs utilisées sont pâles et les formes vaporeuses. On y voit des âmes en perdition et des êtres filiformes errer sans but dans des contrées abstraites et imaginaires. Placées à proximité de chaque sculpture, elles offrent un parallèle intéressant où la confrontation des sculptures et des dessins se ferait de manière presque analogique.

A travers ses créations, l’artiste a voulu jouer sur le terrain de la dépersonnalisation ; ses personnages apparaissent comme les manifestations concrètes et imagées d’une confusion intérieure.

© Courtesy des artistes et la Galerie Da-End, Paris
© Courtesy des artistes et la Galerie Da-End, Paris

Le contraste entre les œuvres de Rovini et celles de Toupet est plus que saisissant, que ce soit par la différence des techniques artistiques utilisées que dans l’appropriation du thème de la persona. Les œuvres se complètent pour un résultat à la fois attachant par la finesse des dessins et l’aspect enfantin des sculptures, que perturbant lorsque l’on parvient à démêler la signification « réelle » de celles-ci.

La scénographie spécifique du lieu permet quand à elle de s’immerger facilement dans cet univers. Le fait de se déplacer entre ces créatures appelle à une portée d’observation plus physique que contemplative. Une plongée dans la psyché humaine réussie.

Persona
Jusqu’au 23 juillet 2016
17, rue Guénégaud, 75006 Paris

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