Créée l’année dernière au Festival d’Avignon, la nouvelle pièce de la metteuse en scène Laëtitia Guédon est résolument féministe. À partir d’un texte de Marie Dilasser s’appuyant sur la figure mythologique de Penthésilée, Penthésilé.e.s/Amazonomachie fait dialoguer les genres au Théâtre de la Tempête. À voir jusqu’au 22 mai.

Reine des Amazones, redoutable guerrière, mais perdue par son amour pour Achille, Penthésilée est une figure ambivalente de l’émancipation féminine rattrapée par la force de ses sentiments. Le dramaturge allemand Kleist en a fait une révoltée contre l’ordre établi. Marie Dilasser, elle, a choisi les points médians pour révéler la sororité derrière le nom.

La pièce s’ouvre dans un espace sombre, parfumé d’encens et éclairé par de nombreuses bougies. Penthésilée entre lentement, voilée de noir dans ce lieu de recueillement et de soin, bien loin des champs de bataille et des murs de Troie. Tout ce que la mythologie nous dit semble déjà avoir eu lieu : les combats, la rencontre avec Achille, la mort. Place à présent à l’intime, au ressenti, au viscéral. Après des modulations gutturales aux accents primitifs, la reine des Amazones se lance dans un monologue autour de la condition des femmes, de leurs revendications, de leur désir de considération, de leur entraide, de leurs corps. Les temps sont indistincts. La Grèce antique se mêle au XXIème siècle, des expressions contemporaines surgissent par instant. Et en même temps, cette logorrhée a des allures de poème épique. La présence d’Achille, et des hommes, se reflète sur un écran, ses mots interagissent avec Penthésilée. Il n’est pas question de faire de cette espace en non-mixité choisie, l’idéal d’un monde.

Après les points médians qui rassemblaient les femmes autour de la figure de Penthésilée, vient le temps de la cohabitation, de la cogestion symbolisée par la barre oblique du titre. C’est ainsi qu’Achille entre physiquement en scène. Corps en métamorphose incessante, il se fait homme puis cheval, alors que s’ébauche verbalement une fluidité de genre, maillage de comportements, d’idées, de propositions, de sentiments. Une mutation politique se dessine alors, affirmant la nécessaire inclusion de l’ensemble des corps dans toutes sociétés mues par l’idéal démocratique. Sur scène, alors que le corps en mouvement danse le trouble d’être à la fois Achille et/ou Penthésilée, un chœur de quatre femmes le rejoint et vient exprimer la force de la polyphonie. À cet instant, tout semble cohabiter, la théorie démocratique, les genres, la pratique artistique et le sentiment esthétique.

La pièce finie, la fumée enchanteresse dissipée, les souvenirs se chevauchent et peuvent donner l’impression d’une surenchère d’informations et de mots pour un propos attendu. Mais les jours passants, ressurgit le sentiment qu’une force substantielle a été transmise.

« Penthésilé.e.s/Amazonomachie »
texte Marie Dilasser
conception, mise en scène Laëtitia Guédon
avec Sonia Bonny, Seydou Boro, Juliette Boudet, Mathilde de Carné, Marie-Pascale Dubé, Lorry Hardel et Lucile Pouthier

Au Théâtre de la Tempête jusqu’au 22 mai.