Le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris accueille, pour la première fois dans la capitale, l’exposition de la touchante Paula Moderson Becker. Talentueuse, persévérante et féministe avant l’heure, cette artiste encore méconnue en France, n’a pas finie de nous surprendre !

Paula Modersohn-Becker (1876-1907) n’a jamais été exposée en France. Morte très jeune suite à une embolie pulmonaire alors qu’elle venait de donner naissance à une petite fille, cette artiste peintre allemande a été l’une des plus prolifiques de son temps. En seulement dix ans, elle a produit 750 peintures et plus de mille dessins ! Sa force de caractère, sa détermination, ses revendications et son talent incontestable en font aujourd’hui une figure incontournable de l’art moderne.

Une vie rythmée par la passion

Née dans une famille de la petite bourgeoisie allemande, Paula Modershon-Becker est animée très tôt par son besoin de création. Elle sera peintre et rien d’autre. Ambition couillue (oui !) à une époque où les femmes, de par leur statut, étaient complètement exclues du monde de l’art. Qu’à cela ne tienne, la jeune fille est sûre d’elle. Soutenue par des parents généreux, bien que ne la comprenant pas, elle prend très rapidement la route pour Paris. Seule, elle découvrira la ville, prendra des cours de peinture à l’académie Colarossi, première académie de peinture parisienne à accepter les femmes aux cours de morphologie. Les Beaux-Arts de Paris n’acceptaient pas que les femmes soient artistes et encore moins qu’elles puissent dessiner des hommes nus ! Le coup de foudre est immédiat entre l’artiste et la ville où bouillonne un tumulte incessant. Elle se marie avec le peintre paysagiste allemand Otto Modersohn qui la soutiendra aussi bien financièrement que psychologiquement dans les débuts de leur relation. Il paye ses tubes de peinture et ses toiles, la laisse partir à Paris, et affirme qu’elle est l’une des peintres les plus avisées de son temps. Pourtant, petit à petit, les incompréhensions, les contradictions et les conflits les éloigneront et c’est seule que l’artiste finira sa vie. Deux grands amis l’ont néanmoins accompagnée, apaisant quelque peu son isolement, le poète Rainer Maria Rilke et la sculptrice Clara Westhoff.

G : Paula Modersohn-Becker (1876-1907) Autoportrait au sixième anniversaire de mariage 25 mai 1906, détrempe sur carton, 101,8 x 70,2 cm Museen Böttcherstrasse, Paula Modersohn-Becker Museum, Brême © Paula-Modersohn-Becker-Stiftung, Brême – D : Mere buste avec enfant bras II, automne 1906

Solitude, maternité et avant-gardisme

Cette solitude souvent sentie, souvent dénoncée dans ses lettres et dans son journal intime fera également sa force. Incomprise du monde de l’art, incomprise de ses parents, Paula Modersohn-Becker évolue dans une liberté totale. Elle choisit ses modèles elle-même et traite de sujets qui, bien que dans l’air de son temps, restent singuliers. Elle peint des enfants, d’innocentes fillettes au regard franc et de petits garçons marqués par la pauvreté, par la dureté de la vie. Ces expressions, Paula Modersohn-Becker les transmet par sa maîtrise des couleurs, par l’agilité de son tracé. Jetées sur la toile, ses touches se mêlent et ses nuances laissent apparaître la douceur et la force des yeux. Souvent ses modèles sont placés de face ou de trois quart et toisent, bouche close, celui qui les regarde. De vieilles femmes aux traits marqués, un chat, un nourrisson et des autoportraits. C’est dans cette liberté de création que l’artiste se permet, première entre toutes, de poser un regard de femme sur un corps de femme. Son autoportrait nu de plein pied (1906) est le premier à s’extirper de l’œil masculin.

Mère allongée avec un enfant II, 1906

« Je suis moi, et j’espère le devenir de plus en plus. »

Inspirée par l’œuvre de Gauguin et par celle de Cézanne, Paula Modersohn-Becker est en quête incessante de reconnaissance. Elle veut devenir quelqu’un, une peintre reconnue et appréciée à juste titre. Ses portraits et autoportraits sont sincères, directs et offrent, dans un cadre serré, une représentation subjective et assumée de sa perception. Cette intériorité est primordiale et revendiquée. Pour elle, nulle question de suivre un courant, elle doit peindre comme elle est. Elle expérimente, elle cherche et inscrit sa peinture dans un univers qui, bien que nourrie de la mouvance artistique du moment (Paula Modersohn-Becker est une artiste toujours aux faits de ce qu’il se fait dans l’air de son temps), parle de ce qu’elle est. Le thème de la maternité est abordé. Rassurantes, généreuses, de ses scènes d’allaitement et de ses mères à l’enfant, émanent une vraisemblance troublante : se retrouvent par les postures, par les couleurs, une chaleur, une humanité, une maternité tellement parlante que l’on croirait voir les émotions purement couchées sur la toile.

G : Autoportrait vu depuis la fenêtre sur Paris, 1900, Photo DR/Collection particulière – D : Jeune fille tenant des fleurs jaune dans un verre, 1902

Cette exposition rend dignement grâce au fabuleux travail de cette femme, artiste jusqu’au plus profond de son âme. Avec le soutien du Musée de Copenhague et de la fondation Paula Modershon-Becker, le Musée d’Art Moderne commence à dorer les lettres de noblesse de ce nom si fort.

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Paula Modersohn Becker, L’intensité d’un regard, Jusqu’au 21 août 2016 
Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, 11 avenue du président Wilson, 75116 Paris
Plein tarif : 10€, tarif réduit : 7€

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