Mathias Enard est un spécialiste de l’Orient, ayant fait des études d’arabe et de persan, il a fait de nombreux voyages au Moyen-Orient. Pour cet auteur, prolifique et reconnu, ce nouveau livre ne déroge pas à la règle, ayant reçu le prix Goncourt des lycéens, et le prix du livre en Poitou-Charente. Il nous emmène cette fois à la découverte d’une période de la vie de Michel-Ange, très peu connue, sa visite à Constantinople pour y construire un pont, en 1506.

Mêlant à la fois fiction et faits réels, l’auteur se base sur de nombreuses archives venant de collections personnelles, ou de musées, pour structurer son récit, et utilise toute la force de son imagination pour remplir les cases manquantes. L’auteur a choisi le parti-pris de construire le livre comme un journal intime, séparant chaque informations, plus ou moins travaillées, par une nouvelle page.

Le récit commence avec l’arrivée de Michel-Ange à Constantinople, le 13 mai 1506, sur demande du sultan Bajazet. Le défi est de taille, il a abandonné la construction du tombeau du pape Jules II, mauvais payeur, et s’apprête à proposer un pont pour l’une des plus belles capitales du monde, après le refus des plans du grand Léonard de Vinci. Homme de son temps et de son Italie natale, Michel-Ange est un parfait représentant de la Renaissance, alors en pleine effervescence. Confronté à un autre monde, oriental, ottoman, musulman, c’est là que toute la beauté de l’imagination de Mathias Enard s’effectue. Face à ces merveilles, vu par le prisme européano-chrétien, mêlé de craintes et de fascination Michel-Ange va s’imprégner d’une quantité d’images, d’odeurs, de sentiments, qui le suivront toute sa vie.

Dialogue entre deux cultures, entre deux civilisations, que l’on voudrait aujourd’hui en confrontation, mais qui ont tout pour se compléter, tel les grands Léonard de Vinci et Michel-Ange offrant leur service à un sultan voulant relier l’Ouest et l’Est par un pont grandiose, Mathias Enard nous offre ici un récit court, poétique et vivant.

« Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants », Mathias Enard, Edition Babel, 7 euros

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