mercredi, novembre 13, 2019
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« Sympathie pour Le Diable » et « Camille »: deux films ardents sur les correspondants de guerre

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Deux biopics à l’affiche, deux regards sur le journalisme de guerre. Celui de Paul Marchand, reporter-star, nous plonge au cœur du siège de Sarajevo. A rebours, Camille Lepage, jeune photoreporter indépendante tuée en pleine guerre civile centrafricaine.

Camille Lepage arrive en Centrafrique sans moyens mais avec une conviction profonde : elle souhaite exposer au monde les prémices d’une guerre « fratricide et absurde » méprisée par la communauté internationale. Rapidement, elle trouve ses marques dans la capitale et se lie d’amitié avec des étudiants de Bangui. Spectatrice impuissante des exécutions sommaires et des saccages de villages, la jeune femme s’acharne à convaincre les combattants de tous bords de l’aberration de ce conflit ethnique.

Cet idéalisme est sa bouée de sauvetage, mais il est mis à rude épreuve quand, sous son objectif, un homme se fait massacrer par une foule frénétique. Alors que la reporter est sommée par les meurtriers de photographier la boucherie, on nous propose une réflexion sur le rôle des journalistes : attisent-ils la barbarie ? Prennent-ils parti malgré eux ? 

La question de la vérité et de la romancisation du réel est quant à elle soutenue par la construction du film, qui entremêle les – sublimes – images d’archive à la fiction sans que l’on discerne toujours l’une de l’autre.

Lorsque Camille rencontre le groupe des correspondants pour les « grands médias nationaux », le contraste est criant. Méprisants et compétitifs, ils sautent d’une guerre à l’autre sans vraiment d’affect et ne comprennent pas l’attachement de la reporter pour les populations locales.

© Pyramide Distribution

« Don’t waste your bullets. I am immortal »

« Ma génération, c’est Sarajevo », raconte le correspondant du Monde à Camille. Ce journaliste, c’aurait pu être Paul Marchand. Un personnage arrogant et grandiloquent qui sauve des vies et ne semble pas craindre pour la sienne. Correspondant à Sarajevo pour l’ensemble des radios publiques francophones, Paul Marchand sillonne la ville grise de poussière et rouge de sang. Il essuie les tirs de snipers à bord de sa voiture sur laquelle il est inscrit « Don’t shoot. Don’t waste your bullets. I am immortal ». Accompagné de son photographe, il traverse les échanges de tirs avec pour seule arme un appareil photo en bandoulière.

Outrepassant de loin son rôle de témoin, Paul Marchand transporte les blessés à l’hôpital et les messages qu’il délivre sur les ondes sont de plus en plus engagés. Comme Camille Lepage, il s’indigne de l’indifférence de la communauté internationale. Comme Camille, il interroge la possibilité d’une vérité au milieu du chaos. Cette quête devient maladive chez le journaliste qui s’inflige tous les matins une visite à la morgue pour recompter et examiner les cadavres.

Au milieu du cauchemar, de rares moments de détente s’improvisent : une partie de football dans le hall de l’hôtel des journalistes, ou encore une incursion en boîte de nuit, où la bande son, Enola Gay (sic : nom de l’avion qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima), sonne ironiquement juste.

Par son jeu névrotique, l’acteur Niels Schneider nous propose une figure du héros toute en ambivalence, envers laquelle on ressent tantôt de l’admiration, tantôt un immense mépris. Une subtilité remarquable, d’autant plus que le rôle qu’on lui a taillé peut parfois en manquer en tendant vers le sensationnalisme. La fin soulage notre frustration car on découvre – enfin – un peu de doute chez ce personnage tempétueux.

© Shayne Laverdière Monkey Pack Films Gofilms

 

Camille de Boris Lojkine, sorti depuis le 16 octobre 2019

Sympathie pour Le Diable de Guillaume de Fontenay, sortie le 27 novembre 2019