mercredi, octobre 28, 2020
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Rentrée littéraire : « Les nuits d’été » de Thomas Flahaut

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Thomas Flahaut écrit les désillusions et les espoirs de la nouvelle génération à travers un trio d’amis flamboyant.

Thomas, Mehdi et Louise sont amis d’enfance, ils viennent tous les trois d’un quartier, Les Verrières, dans un village frontalier avec la Suisse.
Le temps d’un été, ils se retrouvent tous les trois, entre les longues nuits d’été, l’usine dans laquelle leurs pères ont travaillé et eux à leur tour, et les liens qui se lient et de délient.

Réalité sociale

Thomas et Louise sont jumeaux. Issus d’une famille d’ouvriers dans cette commune frontalière, poussés par leurs parents, ils vont partir à Besançon pour faire des études. Pourtant si Louise s’épanouit à la fac et décroche un contrat de thèse, pour Thomas c’est la chute. Lorsque l’été arrive, ils retournent dans le quartier de leur enfance. Pour Thomas, c’est le travail à l’usine, pour Louise le temps des remises en question.

Ce livre raconte l’histoire d’un été. Le secret de son échec que Thomas n’ose avouer à ses parents traverse les pages du roman, lui qui essaie de redonner peut-être un sens à sa vie mais qui est bloqué, perdu. Louise, ballotée entre ses velléités à écrire sur ces ouvriers qu’elle connait bien, sur la question des ouvriers frontaliers qui ne font que rêver d’une vie meilleure de l’autre côté de la frontière en Suisse.

« Thomas, sans outil de travail, est réduit à compter les heures qui passent. Compter les heures est plus long que de les laisser filer derrière soi, absorbé par les répétitions digestives de la machine. Il n’a rien d’autre à faire que contempler son reflet dans la paroi de Plexiglas encore intouchée de la Miranda de Mehdi. »

Thomas Flahaut livre un portrait de cette jeunesse perdue, aux espoirs déchus qui s’accrochent chacun comme ils peuvent à un idéal. C’est aussi l’histoire de la société qu’il décrit à travers ses personnages. La condition de ces ouvriers face au démantèlement de l’usine qui fait vivre la ville, la solitude face à une usine qui se vide, les dirigeants qui n’ont que faire des ouvriers privés de leur travail et de la misère encore plus profonde dans laquelle ils s’enfoncent.

« Ce sont les machines qui ont bousillé son père, entraîné par effet domino le départ de sa mère avant de le lâcher là, lui, le fils, le produit de ces démolitions successives, sans possibilité immédiate de gagner de quoi vivre, avec pour seul horizon la fuite. »

Amour adolescent

Mais cet été, c’est aussi l’occasion de renouer des liens. Avec sa famille, avec ses amis ou encore avec ce possible amoureux d’enfance qu’on avait perdu de vue.

Le temps d’un été, Mehdi, Thomas et Louise renouent tous les trois. Louise et Mehdi qui se trouvent ou bien se retrouvent. Puis Thomas qui se perd. En plus d’un roman sur la réalité sociale à laquelle est confrontée toute la ville, c’est aussi un livre sur la vie des ces trois jeunes adultes.

« Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandir, ça a été apprendre à fuir.
S’enfuir d’ici ne serait pas une mauvaise chose. Ce serait la seule fuite raisonnable de l’été. »

Ils découvrent ensemble, à eux trois, le passage à l’âge adulte et ses conséquences. Sans douceur ni légèreté, Thomas Flahaut décrit dans son roman les difficultés qu’ils rencontrent à devenir ces adultes et à en être fiers. C’est un moment charnière puis un relâchement dans cet été brulant, chacun lâchant un peu ses occupations et ses convictions pour s’abandonner.

« Chasser tout cela, chasser aussi la torpeur amoureuse pour ne se concentrer que sur la route qui défile, presque toute droite, presque immobile dans la vitesse constante. »

Un roman convaincant qui parle très bien de la vie frontalière et du milieu ouvrier, adoucis par les trois personnages principaux qui parfois se laissent aller.

« Les nuits d’été », Thomas Flahaut, Editions de l’Olivier, 224 pages, 18€