mercredi, juillet 15, 2020
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Eté 2020: 3 livres à mettre dans sa poche #3

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Pour la quatrième année consécutive, tout l’été, et chaque semaine, Untitled Magazine vous propose trois livres à lire. Que vous soyez dans votre maison de campagne, au bord de la plage, entre amis ou encore au travail, vous devriez trouver votre bonheur.

 Les os des filles, Line Papin

C’est l’histoire d’une petite fille – elle, Line Papin – née à Hanoï, de mère vietnamienne et de père français. Elle y grandit entourée de sa grand-mère, de ses tantes et de sa nourrice, toutes considérées comme “maman”. Mais à 11 ans, ses parents décident de partir s’installer en France, et tout explose. La fillette est brutalement transplantée dans un environnement nouveau, froid et austère, mais c’est surtout un déracinement affectif qui va la dévaster. Line sombre peu à peu, tombe dans l’isolement, comme aspirée par un trou noir. L’anorexie va la dévaster.

Dans ce court récit, Line Papin se raconte et raconte son histoire familiale : sa grand-mère enseignante, sa mère mariée à un Français, ses tantes ambitieuses… Mais elle raconte surtout la vie de famille, son déracinement, son adolescence, le retour en France et ce qui va la conduire à une terrible anorexie. Et lorsqu’elle est au fond du gouffre, deux solutions s’offrent à elle : mourir ou vivre. Line va choisir la vie, et tout doucement remonter à la surface. L’autrice signe un texte très personnel et émouvant, autour de son enfance et son déracinement avec en toile de fond permanent la notion d’identité.

« Les os des filles », Line Papin, Edition Livre de Poche, 184 pages, 7,20 euros

Lèvres de pierre, Nancy Huston

Quels points communs entre Pol Pot, chef des Khmers rouges cambodgiens, et Nancy Huston, autrice franco-canadienne ? A priori aucun. Mais l’autrice retrace l’histoire de Saloth Sâr, qui prendra ensuite le nom de Pol Pot et mettra en place un régime communiste, responsable d’un génocide au Cambodge. Et elle trouve des points communs avec sa propre vie – où plutôt celle de Dorrit, son alter ego littéraire. Jeunesse où ils ne trouvent pas leur place, sourires de façade cachant leur mal-être, études à Paris… A partir de quelques éléments concordants, Nancy Huston tisse des liens entre leurs deux vies.

Utilisant un « tu » très personnel, Nancy Huston nous raconte l’histoire de Saloth Sâr, qui débute dans un Cambodge pauvre et rural, d’abord dans un monastère bouddhiste puis dans une école catholique française – la puissance colonisatrice. Enfant rêveur, il va d’échec en échec, et déçoit sa famille, proche de la famille royale. Il réussit finalement à partir en France, et c’est loin de sa famille qu’il se trouve enfin : il se rapproche des communistes et développe son idéologie qu’il compte mettre en place au Cambodge dès qu’il le peut. On découvre un homme empli de violence et d’excitation sexuelle.

Nancy Huston raconte dans la deuxième partie du livre, l’histoire de Dorrit, jeune fille canadienne qui déménage aux Etats-Unis alors que la guerre au Vietnam fait rage. Coincée dans des relations compliquées avec des hommes plus âgés qu’elle – souvent des professeurs -, elle vit par procuration. Elle sourit mais ne se sent pas à l’aise dans cette vie, elle devient anorexique, écrit mais ne réussit pas à être publiée, et se sent vieille à vingt ans. C’est elle aussi quand elle part pour Paris – qu’elle ne quittera finalement plus – qu’elle se découvre : elle devient féministe et communiste, et contribue à des journaux. Un beau roman, à la limite entre autofiction et exofiction, où récit personnel s’entremêle avec Histoire.

« Lèvres de pierre », Nancy Huston, Editions Babel/Actes Sud, 240 pages, 7,80€

Du domaine des murmures, Carole Martinez

En 1187, Esclarmonde – comme toute jeune fille de son époque – doit accepter le mariage arrangé par son père, le châtelain du domaine des Murmures. Le jour du mariage, elle refuse de dire “oui” et veut faire respecter son voeu : s’offrir à Dieu. Bravant les interdits, faisant comme sainte Agnès, elle se tranche une oreille et demande à son père de construire une chapelle en l’honneur de cette dernière et de l’y emmurer à côté. Hors de lui, son père ne lui refuse pas et fait en sorte que sa volonté soit appliquée : la jeune femme est emmurée dans une cellule avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Et, un miracle se produit : elle donne naissance à un fils Elzéar.

Carole Martinez laisse libre court à son imagination et nous fait vivre une expérience aussi bien mystique que charnelle. Elle nous transporte dans un univers singulier, où fiction et réalité se mêlent avec bonheur. Écrit à la première personne, l’autrice développe le point de vue d’Esclarmonde – femme qui durant son temps ne pouvait que très peu s’exprimer – qu’on accompagne dans sa métamorphose physique et mentale. Un émouvant conte médiéval. 

« Du domaine des murmures », Carole Martinez, Edition Folio, 240 pages, 7,50 euros