mercredi, décembre 11, 2019
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Rentrée littéraire : « Les guerres intérieures » de Valérie Tong Cuong

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Dans ce douzième roman, Valérie Tong Cuong continue son exploration des sentiments humains en faisant appel à nos guerres intérieures et nous interroge avec finesse sur nos petits arrangements avec nous-mêmes.

Comédien raté, Pax Monnier a renoncé à ses rêves de scène lorsque soudain son agent l’appelle. Un réalisateur américain souhaite le rencontrer pour son prochain film. Il court chez lui se changer, enfiler une veste quand tout d’un coup, des bruits de bagarre attirent son attention à l’étage au dessus. Mais pressé, il se persuade que ce n’est rien d’important. A son retour, il apprend stupéfait qu’un étudiant – Alexis Winckler – a été agressé et qu’il se trouve dans le coma. Agacé, perturbé, déstabilisé, Pax finira par déménager.

Un an plus tard, il tombe amoureux d’Emi Shimizu, l’alchimie se fera et très vite, elle lui parlera de son fils, Alexis. « Il n’a plus ressenti une telle excitation depuis longtemps, une énergie belliqueuse qui balaie ses regrets, la sensation enivrante que son jour de chance est venu, le délivrant d’une vie de frustrations. » Mais il apprendra très vite, que ce fils n’est autre que son jeune voisin du dessus. Et son état est encore plus alarmant : il a perdu la vue de son oeil droit suite à une agression à domicile. Il est terrorisé, il ne veut plus voir personne, ne se souvenant même pas de son agresseur, il croit le voir partout. C’est la douche froide pour Pax, pris rapidement dans les tourments de la culpabilité.

Petits arrangements (quotidiens)

Dans Les guerres intérieures, ce nouveau couple, qui s’aime, n’évoque rien de ce qui les ronge chacun de leur côté. Ils taisent leur passé, leur part d’ombre, une agressée ignorée pour l’un, une tentative de suicide d’un employé pour l’autre. Et chacun, seul, va devoir faire face à ses choix et ses conséquences. « La lâcheté était peut-être le caractère le mieux partagé dans ce monde : chacun l’expérimentait tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, et s’empressait aussitôt de la dissimuler ».

Ici, le roman de Valérie Tong Cuong gravite autour de trois personnages forts qui nous interrogent autour du thème de la culpabilité et du remord tout en décrivant à merveille la psychologie de ces êtres. « Mais ce 23 septembre avait tout renversé : en un instant, Pax avait visité le bien et le mal, le mensonge et la vérité, le courage et la lâcheté. Voilà pourquoi dès son entrée dans le salon du Lutetia, ce vieux loup de Sveberg avait identifié, derrière le masque que lui tendait l’acteur, une détresse irréversible et féconde ». Ces petites lâchetés ordinaires, de notre quotidien. N’avons-nous pas été une fois victime ? L’auteure offre une petite histoire, mais qui déborde d’humanité. Grâce à sa plume fluide, captive, elle cherche en nous ce qu’il y a de plus intime. 

Tous concernés par ce sentiment de culpabilité, qui peut nous ronger lorsqu’on se rend compte des conséquences, elle aborde ici un thème essentiel. Valérie Tong Cuong nous plonge dans le dédale de notre conscience, tout en nous faisant réfléchir au quotidien.

« Les guerres intérieurs », Valérie Tong Cuong, Edition JC Lattès, 240 pages, 19 euros