Entre ceux qui aiment aller au cinéma et ceux qui ne jurent que par le spectacle vivant, il y a une vraie rupture. Mais depuis quelques années, maintenant, il est possible d’aller dans votre cinéma (Gaumont Pathé) pour voir en direct des grandes salles du monde entier, de l’opéra, du théâtre ainsi que des ballets. La saison de cette année a été inaugurée par Turandot de Puccini en direct du Métropolitan de New York

Turandot est une princesse chinoise qui a juré qu’elle se marierait avec l’homme capable de résoudre trois énigmes. En cas d’échec, la sentence est simple, c’est la mort. Beaucoup d’hommes y ont laissé leur peau, c’est à l’occasion ratée du nouveau prince que Calaf, le prince inconnu aperçoit la princesse Turandot et tombe éperdument amoureux d’elle. Il décide de tenter sa chance et trouve la solution des trois énigmes. Turandot a une occasion de ne pas avoir à se marier, si elle trouve le nom de ce mystérieux prince avant le lever du soleil, il sera décapité et elle restera seule.

 

L’opéra et le temps

Aller voir un opéra, c’est choisir de prendre son temps, la plupart ont une durée d’au moins 2 heures. Dans le cas de Turandot qui est un opéra en 3 actes, cela dure un peu plus de 3 heures, rythmé par des entractes, le temps de se dégourdir les jambes et de subvenir à nos besoins naturels. Le parti-pris des cinémas est de respecter ce temps long, de ne pas faire de coupure. Les entractes sont conservés avec une proposition différente de l’usage courant. Grâce au cinéma, on peut se glisser dans les coulisses du spectacle. Ainsi, on peut voir les tonnes de décors bouger, les machinistes à l’œuvre et la scène changer d’apparence, chose qui est impossible lorsque l’on se déplace. C’est une vraie plus-value de ce format.

Durant le deuxième entracte, au lieu de montrer la même chose, on peut assister aux répétitions d’autres opéras et avoir des interviews à chaud des différents chanteurs, qui sont réellement des stars dans leurs domaines. De plus, la soirée est présentée par une des chanteuses stars du Met : Angel Blue (elle tient le rôle de Bess dans Porgy And Bess de Georg Gershwin disponible en février 2020 dans les cinémas). Cette immersion permet au néophyte et à l’averti de trouver leur compte dans ce type de représentation.

La proximité avec les chanteurs

Un des problèmes récurents avec le spectacle vivant, c’est de ne pas pouvoir voir le visage des acteurs ou des chanteurs, tout le monde n’a pas les moyens de se payer les places les plus proches de la scène. Avec cette nouvelle proposition, c’est enfin possible de voir tous ces détails si inaccessibles.

Par contre, les chanteurs d’opéra n’ont clairement pas l’habitude d’être filmés, ce n’est pas dans l’usage. Le chant lyrique déforme le visage, car c’est bel et bien un marathon qui se joue sur scène (certains chanteurs peuvent perdre 3 kilos durant une représentation), ils sont en train de livrer un exercice physique proche de la course à pieds. Concernant le son, les chanteurs sont des micros vivants. Si vous faites le déplacement, le chant n’est pas amplifié, sonorisé, car le coffre des chanteurs est suffisant. Dans les cinémas, le son sera forcement différent car l’enregistrement et la retransmission modifient le son, mais finalement vous entendrez quasiment la même chose.

En ce qui concerne les décors et costumes, c’est réellement un bonheur de pouvoir admirer le travail fourni par les équipes du Met qui font partie des meilleures dans le monde.

Alors oui ou non ?

À mon sens, cette proposition du groupe Gaumont Pathé est réellement une bonne idée. Pour les personnes qui ne sont pas dans des grandes villes, qui n’ont pas les moyens ou l’idée d’acheter des places d’opéra, c’est la possibilité de découvrir un monde. Et de profiter de nouvelles expériences pour les plus habitués. Chacun y trouvera son compte dans la décontraction d’une salle de cinéma. Même si les salles de concert ne sont pas aussi pompeuses que les clichés peuvent le dire, on peut très bien y aller en jean/basket, on ne sera pas mis à la porte de la salle pour autant, la salle de cinéma est un très bon moyen de désacraliser un type de musique que l’on pense réservée à une élite.

 

Prochaines séances : 

  • Wozzeck d’Alban Berg – Samedi 11 janvier
  • Porgy and Bess de George Gershwin – Samedi 01 février
  • Agrippina de Georg Friedrich Haendel – Samedi 29 février
  • Le Vaisseau Fantôme de Richard Wagner – Samedi 14 mars
  • Tosca de Giacomo Puccini – Samedi 11 avril 
  • Maria Stuarda de Gaetano Donizetti – Samedi 9 mai