Auteure moderne, féministe et engagée, Carol Bensimon signe avec « On adorait les cow-boys » un road-trip féminin délicat et sans tabou dans les contrées méconnues du Brésil.

Cora et Julia entretiennent une relation ambiguë. Tantôt meilleures amies, tantôt amantes, les deux jeunes femmes désireuses d’aventures et de liberté se promettent de réaliser un voyage dans le Brésil méconnu, loin des endroits touristiques, dans les confins du pays. Ce voyage, longtemps laissé sur le carreau, est désormais l’occasion, des années plus tard, pour les deux brésiliennes de se retrouver après s’être soudainement perdues de vue.

Le « voyage non planifié » du Brésil reculé

« J’ai inspiré profondément. C’était l’air de la montagne, on y était, avec cinq ou six ans de retard, mais on y était bel et bien, enfin. On avait survécu à une dispute qui planait toujours au-dessus de nos têtes, survécu à Paris, à Montréal, à la folie de nos familles. Ce voyage était un nouvel échec irrésistible. »

Séparées pendant quelques années, Cora à Paris en école de mode et Julia dans une université à Montréal, l’idée d’une retrouvaille était presque inespérée. Chacune faisait son petit bout de chemin à 6 h de décalage en se donnant très peu de nouvelles. Cora s’était résignée, se contentant du doux souvenir de cette amitié. Mais c’est bien souvent au moment où on s’y attend le moins que certains miracles se produisent : « A cet instant, jamais je n’aurais imaginé que, après avoir avalé deux tartines grillées avec du fromage de chèvre et allumé l’ordinateur pour me distraire en parcourant les nouvelles, une fenêtre recouvrirait soudain le long article sur la crise en Europe, et que dans cette fenêtre, il serait écrit Julia, et que dans cette fenêtre il serait écrit “Hello, tout va bien ? Ça fait tellement longtemps.” (…) Elle écrit : “Je vais brancher la caméra.” (…) Tu te souviens de ce voyage ? Tu te souviens de ce voyage jamais réalisé ? Deux heures et vingt-sept minutes plus tard, j’ai écrit mon e-mail. »

Ce voyage jamais réalisé remonte à leurs soirées de jeunes adultes, quand elles avaient toutes les deux entre 18 et 21 ans, des rêves plein la tête, des projets d’évasion et l’insouciance du moment présent. Un voyage qui a toujours été repoussé, et qui aujourd’hui se réalise, des années plus tard, contre toute attente. C’est le début des retrouvailles, de la découverte de ce Brésil méconnu, mais aussi des imprévus.

Road-trip ambiguë dans le Brésil des gauchos

Du projet à la réalité il y a bien souvent un fossé et l’idéalisation qu’on s’était faite d’un voyage très attendu peut parfois rendre la réalité brutale et décevante. Visiter les villages du Brésil reculé avait pour Cora et Julia une dimension exotique et intrigante : « Il existait une quantité infinie de villes inintéressantes à découvrir et ce disque agissait comme un carburant pour nos projets d’évasion. »

Mais rien ne se passe comme prévu et les Thelma et Louise brésiliennes se trouvent confrontées à des villages déserts, aux allures de villes fantômes, et enchaînent les motels miteux. Au fil des kilomètres parcourus, des tensions apparaissent. Julia devient plus distante avec Cora. Distance qui touche particulièrement Cora et l’inquiète. Ce voyage a ravivé ses sentiments et le comportement de Julia la fait souffrir. Pourquoi voulait-elle, si soudainement, alors que la vie en avait décidé autrement, réaliser ce voyage longtemps abandonné ? Quelles raisons l’ont poussé à retrouver Cora ?

« On adorait les cow-boys » dont le titre est inspiré fait écho aux films de westerns et au désir de vouloir passer à l’âge adulte. L’histoire de Cora et Julia est une histoire d’amour complexe et contemporaine, mais aussi universelle, qui passe par plusieurs degrés : le jeu, les sentiments, l’incertitude, les interrogations et dont ce voyage permet de clarifier les choses et de se révéler. Un texte contemplatif comme romanesque avec pour décor de fond le Brésil rural et populaire des gauchos.


« On adorait les cow-boys », Carol Bensimon, éditons Belfond, 192 pages, 21 euros.