Avec « Occidental », Neïl Beloufa tente de déconstruire la pensée d’un occident intolérant. A travers des saynettes dont le propos oscille entre lourdeur et cynisme assumé, le réalisateur tombe en plein dans le cliché qu’il s’évertue à surjouer. 

Un couple d’hommes, pour s’extraire des rues noyées sous les manifestations de foules européennes, se réfugie à l’hôtel Occidental. S’amorce alors un huit-clos étouffant où les deux hommes, soupçonnés de mentir sur leur identité et la raison de leur venue, se retrouvent confrontés à la suspicion des membres de l’hôtel et des autorités.

Collages d’une esthétique aux morceaux éclatés

Neïl Beloufa est, avant d’être cinéaste, un plasticien contemporain particulièrement attaché à démanteler les clichés, ce qui ne manquera pas d’être rappelé tout au long du film. A coup de néons années 80, de canapés années 60 et d’accoutrements années 90, tout est prétexte à une suresthétisation permanente. De cet étalage découle un sentiment désagréable d’irréalité, et les mises en scène du réalisateur ne semblent avoir d’existence valide qu’à l’écran. Ces dernières, entrecoupées comme une multitude de petits papiers et rassemblées en collage par la glue de la narration, se déroulent dans un décor en carton-pâte qui semble exister dans un temps sans temps. Comme si, d’une certaine manière, le réalisateur avait tenté d’universaliser un propos en l’extrayant de toute contrainte de réalité ou de temporalité. Pourtant, les idées soutenues (ou déconstruites) sont bien malheureusement à l’image du décor : particulièrement inflammables.

Démonter les clichés pour mieux en incarner de nouveaux

Car l’ironie est à double tranchant; il est particulièrement aisé de tomber du mauvais côté de la lame. En l’occurrence, Neïl Beloufa n’y manque pas. A travers des saynettes rocambolesques qui mélangent ouvertement une multitude de genres cinématographiques pour mieux s’en affranchir, du thriller à la comédie en passant par la romance, le réalisateur finit par créer un ensemble grossier. A vouloir trop caricaturer les genres et les propos, qui tournent principalement autour de reproches faits à un occident raciste, homophobe et intolérant alors qu’il se voudrait progressiste et moderne, le réalisateur propose un film étonnamment attendu et sans surprises. S’il s’affaire à démonter les clichés en mettant ironiquement dans la bouche de ses personnages des exclamations caricaturales -« si je résume, votre seul problème c’est leur tête. Et ça avec ou sans alcool, ça a un nom, ça s’appelle discrimination »- il s’y attèle avec un manque d’ingéniosité qui nuit à tout le film.

Dommage.

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Rédactrice en chef de la section cinéma - Toujours à l'affut de l'indépendance, qu'elle soit cinématographique, musicale, littéraire ou ontologique.