Retour des CoOPS à la Maison des Métallos avec pour ouverture de la saison un sujet dont on connaît l’actualité : la résilience. À cette occasion, la chorégraphe Julie Nioche propose une reprise de son spectacle Nos solitudes créé en 2010. À voir jusqu’au 18 octobre – si le couvre-feu le permet.

Cela faisait des mois que ces coopératives mensuelles, organisées entre une équipe artistique et la Maison des Métallos, n’avaient pas pu voir le jour dans le contexte sanitaire actuel – devenu bientôt annuel. Mais voilà qu’un mois nous est à nouveau donné pour réfléchir, écouter, lire, danser, regarder et cultiver notre capacité de rebond.

Au sein donc d’un programme riche en activités se présente Julie Nioche (ou bien Lisa Miramond, ça dépend du jour) au milieu d’un rideau de poids. Un par un de vieux poids comme s’en utilisent sur les balances, sont attachés par de longs fils invisibles à une structure au plafond. Chacun suspendu dans leur solitude, ils ne se touchent pas. Julie Nioche se glisse sans froissements entre la trame du spectacle et s’harnache les pieds, la taille et les mains. La scène tout autant que la salle sont coites, seules les notes modulées sorties de la guitare d’Alexandre Meyer, assis dans un coin à l’extérieur du plateau, viennent briser le silence de plomb. Un mouvement du corps trouble l’équilibre. Un bras se lève, des poids se baissent. Un deuxième suit. Dans une relation de parfait équilibre, le corps se hisse de centimètre en centimètre alors que les contre-poids se rapprochent du sol. Une autre idée de la gravité s’invente. Comme si à travers une parfaite écoute et connaissance de la répartition de son poids dans son corps, pouvait s’envisager d’autres façons d’habiter l’espace. L’union paraît à ce point équilibrée que Julie Nioche peut se laisser aller au sommeil, suspendue dans des airs conviviaux. Car c’est bien de ça dont il semble être fait mention dans ce court spectacle, de la cohabitation qui engage à un rééquilibrage constant. De ces solitudes qui si elles ne se rencontrent pas physiquement forment tout de même un tout. Ainsi qu’elle se débatte à la verticale, à l’horizontale, avec un pied en l’air, il en va toujours de même, les poids disposés autour de Julie Nioche réagissent. Viennent à l’esprit la métaphore de l’ « effet papillon » mais aussi et surtout les responsabilités humaines sur les causes du réchauffements climatiques.

Comme une illustration régulière de cet « art de naviguer dans les torrents » terme avec lesquels le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a popularisé la résilience, Nos solitudes apparaît comme un mobile a placer au dessus de tout esprit à tendance égocentrique. Les liens retrouvés entre corps et esprit, entre êtres et choses, il reste à envisager quels gestes pour un futur commun.

Nos solitudes
Conception, chorégraphie Julie Nioche
Interprétation (en alternance) Julie Nioche, Lisa Miramond
Musique et interprétation Alexandre Meyer

À la Maison des Métallos Paris jusqu’au 18 octobre.