Inspirée de sa propre expérience d’étudiante à Trinity College, Dublin, Sally Rooney, l’autrice irlandaise la plus en vogue depuis quelques années, nous emmène à la rencontre de Connell et Marianne. Elle porte un regard simple et honnête sur leur relation entre la terminale et leur dernière année d’études à Dublin.

Nord-Est de l’Irlande, 2011. Connell et Marianne sont en terminale dans le même lycée. Ils ne sont pas amis pour autant. Personne n’est ami avec Marianne, surtout pas le garçon le plus populaire du lycée. Plusieurs fois par semaine, Connell va chez Marianne chercher sa maman qui travaille comme femme de ménage. Ils entament une discussion, hachée, maladroite et pleine de tension. Vraie. De cette discussion naît une relation fusionnelle entre eux. Ils se mettent à coucher ensemble régulièrement. « Marianne, lui a-t-il dit, je ne suis pas croyant mais il m’arrive de penser que Dieu t’a créée pour moi. » Mais Marianne étant infréquentable, ils font le choix de faire semblant de ne pas se connaitre au lycée.

Marianne ne supportera pas cet accord jusqu’à la fin de l’année. Ils se quittent sans se dire au revoir, à quelques semaines du bac, à quelques mois de leur départ pour l’université à Dublin. Comment vont-ils s’adapter au monde étudiant ? Quelles routes vont-ils suivre ? Vont-elles se croiser ? « Je crois qu’on est arrivés à cet âge bizarre où plein de petites décisions peuvent changer votre vie. »

L’honnêteté par la simplicité

Normal People est l’histoire simple et honnête de la relation complexe et passionnelle entre Connell et Marianne, de la terminale à leur dernière année d’université à Dublin.

Sally Rooney écrit avec une simplicité touchante qui lui permet d’atteindre une honnêteté délicate. Elle construit tranquillement chaque tableau en décrivant l’une après l’autre les pensées, sensations et actions de nos deux héros. Ce procédé est particulièrement marquant dans une scène où Sally Rooney décrit la fureur de Marianne dans son jardin toscan la nuit à travers les observations et sensations de Connell.

De l’importance qu’elle accorde aux sensations et à l’observation des faits et gestes de l’autre, Sally Rooney tire un roman d’une très grande sensualité. Là encore, c’est l’honnêteté qui transparaît en premier des pages d’amour du roman.

Dans son texte, Sally Rooney ne distingue pas formellement les dialogues du reste de la narration. Les discussions des personnages sont incorporées à leurs pensées intimes et leurs observations, ce qui lui permet d’accéder à la profondeur de la réflexion de Connell et de Marianne. Normal People est une histoire d’amitié amoureuse pas très originale mais racontée avec une telle justesse et profondeur de réflexion qu’elle apparaît extraordinaire.

Une histoire sur la durée

Le traitement du temps contribue à l’originalité et à la force du roman. Chaque chapitre retrace une scène, limitée dans le temps et l’espace, que Sally Rooney entrecoupe par les nombreux flashbacks de Connell et Marianne qui se plongent dans leurs souvenirs. Ainsi, l’autrice nous fait suivre ce couple pendant quatre années de manière non-linéaire mais néanmoins cohérente, ce qui contribue à déconstruire une histoire assez simple.

Normal People est une lecture addictive puisqu’elle retrace l’histoire d’une relation dont tout le monde rêve. En fermant le livre, le lecteur est très triste de quitter Connell et Marianne. C’est plus qu’une question de savoir s’ils « se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». On est véritablement triste de leur dire au-revoir pour toujours.

« Ce n’est pas très sérieux, intellectuellement, de s’inquiéter pour des personnages de fiction qui décident de se marier. Mais il [Connell] n’y peut rien : la littérature l’émeut. Un de ses profs appelle ça « le plaisir d’être touché par le grand art ».

« Normal people », Sally Rooney (traduit de l’anglais par Stéphane Roques), Editions de l’Olivier, 320 pages, 22€

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