NoiserV à la Gaité Lyrique : Illuminations métaphoriques

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En promo le week-end dernier à Paris, d’abord au Pavillon de l’Arsenal le 18 mars puis à la Gaité lyrique le 19 mars dans le cadre du Festival Paris Music, NoiserV inonde doucement les scènes de son talent bigarré. On était à la Gaité Lyrique samedi pour un concert plein d’une joie et d’une étrangeté singulières.

Petit pull rayé, mèche folle et français approximatif. On commence sur une touche de délicatesse, celle d’un artiste chez lequel on sent la franche incertitude d’une concentration dissimulée. Doucement, doucement, pour un court line-up de sept chansons. « Mister Carousel » d’abord. Synthétiques enfantins, touches de xylophone, voix sombre sur conte musical : une linéarité sobre mais personnelle, aux accents doux et échos dissipés. NoiserV marque une rupture un peu brusque mais pas dérangeante pour entamer la longue, bien longue introduction de sa prochaine chanson, « This is maybe the place where trains are going to sleep at night » ; une introduction qui deviendra la métaphore filée d’un concert très bavard : souriant et loquace, NoiserV aime donner à son public des explications aussi fouillies que feuillues. On repart sur des pincements de guitare acoustique, des jeux sur claviers multiples et sur une profondeur musicale sentencieuse : c’est beau… « take walk in self defense / when you talk they will let you in / you will try again / take myself into the water / take something bad too ».

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© Julie Albesa

Paroles aussi cryptiques que les titres de chansons marquées par une ombre de tristesse… Et coupez ! Coupure du son inattendu, explication drôle et maladroite d’un artiste qu’on aime déjà : « I don’t know how to explain, maybe it’s because my shoes are a size 46 ». On s’esclaffe dans la salle devant les acrobaties de ce personnage loufoque et attachant qui reprend vite ses esprits et enchaîne avec « The sad story of a little town ». C’est reparti sur des claviers éthérés et enfantins, sur une douceur badine qui tranchent délicieusement avec des échos en rewind. L’inquiétude est latente derrière cette apparence musicale immature qui nous berce vers un monde exocentrique. NoiserV inquiète mais il impressionne tout autant : multi-instrumentiste de talent, il jongle habilement entre chant, claviers, xylophone, mélodica et petit haut parleur grâce à sa pédale Loopers. Il double-track sa chanson live, les effets s’arrêtent et l’on n’entend plus que sa voix. Obscurité sur scène. Le temps de se recoiffer, de discuter un peu et de repartir avec énergie.

On embraie sur « it’s easy to be a marathoner even if you are a carpenter » et sa musique fantomatique sur fond de thérémine, de vibrations synthétiques et d’emportements oscillatoires : parfois, on croirait presque entendre le vaisseau spatial, sur lequel on s’est embarqués, s’envoler en douce. On atterrit sur l’interprétation de « Palco do Tempo », chanson extraite de l’OST de José&Pilar, moins sombre mais portée par une tristesse d’accordéon qui dévoile les accents d’une beauté insoupçonnée. Une beauté que l’on continue de découvrir avec « I was trying to sleep when everyone woke up » et qui se déploie sous la forme de douceurs et cliquetis enfantins, d’interruptions inattendues qui coupent avec une étrange douceur le souffle. On repart au piano sur une mélancolie qui rappelle les délices d’Aaron, sur des échos ingénieux moulés par ses mains en porte-voix et sur une douceur finale qu’on retrouve dans chaque chanson, mélange de respirations, vibrations hésitantes et sensibilité à fleur de peau.

© Julie Albesa
© Julie Albesa

Clôture sur une pensée touchante à l’une de ses fans récemment veuve, et sur un témoignage d’amour universel «You really give a meaning to the no sleeping days ». Dernière interprétation brillante de « Don’t say hi if you don’t have time for a nice goodbye » : il est oublieux, zappe de jouer du clavier, s’excuse et reprend. On lui pardonne pour le rythme plus marqué sur lequel il évolue et pour son départ de scène en plein milieu de la chanson qui continue sans lui, un peu. Puis s’arrête brusquement. En un souffle terminé. Une magie, un talent et une tristesse de sourires mélancoliques qui nous ont éblouis aux larmes toute la soirée. A votre tour, vous pourrez découvrir ce phénomène extraterrestre au printemps de Bourges les 14 et 15 avril.

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