Nadia Butterfly est le deuxième long-métrage de fiction de Pascal Plante. Cet ancien nageur de haut niveau s’est déjà illustré avec « Les Faux Tatouages », sélectionné à la Berlinale 2018. Avec « Nadia Butterfly », son deuxième long-métrage sélectionné au Festival de Cannes 2020, il réitère l’expérience. Un film émouvant dans lequel il évoque la rigueur sportive, sa cruauté, son caractère exceptionnel mais où il est aussi question de quête d’identité.

Nadia a 23 ans. Nageuse canadienne de haut niveau, elle a décidé de prendre sa retraite après sa dernière course aux Jeux olympiques de Tokyo. Après s’être imposé les sacrifices dus à la condition de sportif professionnel, elle découvre alors un champ des possibles et de liberté dans lequel elle cherche à se positionner.

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Ouvrir les portes de la piscine

Ancien nageur, Pascal Plante connait l’importante du son, qu’il soigne tout au long de son film. La première scène ouvre sur un entraînement qu’il guide ce dernier. Par la voix de l’entraineur, il nous rappelle ce que c’est qu’être guidé.e, les « séries » dont on perd le compte, le fait de nager sans plus se poser de questions. Puis, dans le sensationnel des Jeux Olympiques, Pascal Plante donne les derniers coups de pinceau au tableau qu’il dépeint de la discipline sportive des nageurs.euses de haut niveau.

Et c’est encore à travers le son qu’il retranscrit le mieux les Jeux Olympiques vécue par Nadia (Katerine Savard) : le bruit assourdissant de la piscine, les cris et encouragements. Puis d’un coup, le plongeon et le bruit étouffé par l’eau, rien que l’eau.

Le réalisateur filme ici les corps d’athlètes sous toutes leurs facettes : tant leur force et leur impressionnante stature, que leur fragilité, et le sérieux des rituels mis en place pour les soigner et les préserver. Il filme notamment avec finesse la façon dont est perçue la féminité des corps de nageuses, sujets à commentaires et objectification.

Accessible pour les anciens nageurs.euses, comme pour les novices, on y perçoit surtout, sans apitoiement, la pression du sport, la cruauté de celui-ci, mais aussi celle des attentes des sportifs.ves envers eux-mêmes, tout comme celle des journalistes.

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Individualité VS sacrifices

Nadia a 23 ans. Elle sort progressivement de la bulle créée autour d’elle par le milieu sportif. Elle découvre les excès auxquels elle n’a jamais été confrontée. Elle cherche ses limites à tâtons, et finit par rejeter le milieu dans lequel elle a évolué durant des années.

Parce que c’est aussi ça, sortir d’une carrière de sportif. C’est réaliser qu’il y a plus que le culte construit autour de son corps et de ses performances. Alors, pour s’extraire plus facilement de son cocon, Nadia considère qu’être athlète est égoïste. Elle se désole de tout ce qu’elle n’a pas fait, ni appris à faire, en consacrant sa vie à devenir une athlète de pointe, centrée sur elle-même. Loin d’être un personnage positif, elle se construit dans l’interaction avec les autres athlètes qui constituent le relais féminin du Canada. Si à elles toutes, elles donnent à voir la diversité de la natation olympique, c’est à travers le personnage de Nadia que Pascal Plante dessine avec brio la violence inouïe que constitue la fin d’une carrière sportive pour beaucoup d’athlètes.

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Doux hommage à la natation, Nadia Butterfly ramène celles.eux qui ont écumé les eaux chlorées aux souvenirs des temps des vestiaires, des pédiluves et des maillots de bain Arena. Pour les autres, il fait le portrait sociologique d’un milieu qui fascine et transcende par ses performances, ses corps et son esthétisme.

Nadia Butterfly, de Pascal Plante, sortie le 4 août.