Jusqu’au 13 janvier 2019, l’exposition Picasso. Chefs-d’œuvre ! au Musée Picasso de Paris rassemble plusieurs toiles, sculptures, petits objets, lithographies ou dessins signés de la main du maître espagnol. 

C’est dans le très bel Hôtel Salé situé en plein cœur du Marais que se trouve le Musée national Picasso-Paris, qui a fêté en 2015 ses 30 ans. Son fonds, constitué de près de 5 000 œuvres et plus de 200 000 pièces d’archives confiées à l’Etat par les héritiers de l’artiste forme la plus importante collection au monde d’œuvres de Pablo Picasso. Pour la mettre en valeur, les équipes du musée, sous la houlette des commissaires d’exposition Emilie Bouvard et Coline Zellal, ont imaginé un parcours sur deux étages intitulé Picasso. Chefs-d’œuvre ! Une exposition riche et étonnante, qui conduit une réflexion intéressante sur cette fameuse notion de « chef-d’œuvre ».

Brassaï, Deux sculptures en étain « Oiseau » de 1943, Paris © Succession Picasso 2018

Un chef-d’œuvre peut en cacher un autre

Passé la porte du grandiose hôtel particulier du XVIIe siècle qui accueille désormais le Musée national Picasso-Paris, trois photos en papier-peint introduisent l’exposition Picasso. Chefs-d’œuvre ! qui se tient jusqu’au 13 janvier 2019. Le géant Guernica ne quittera plus Madrid, Les Demoiselles d’Avignon font la joie des visiteurs du MOMA de New York depuis 1939 et la Famille de Saltimbanques a élu résidence à Washington. Ces trois œuvres clés de la carrière de Picasso désormais dispersées à travers le monde ne seront sans doute jamais réunies… Mais si les chefs-d’œuvre se trouvaient finalement ailleurs ?

C’est ce que tente, entre autres, de démontrer cette exposition foisonnante. Son parcours commence et s’achève sur des références au Chef-d’œuvre inconnu de Balzac, celui que son personnage Fernhofer cherche en vain à peindre. La main du maître espagnol quant à elle, semblait pouvoir transformer tout ce qu’elle touchait en chef-d’œuvre : du théâtre en papier réalisé pour sa fille Maya, un « chef-d’œuvre intime, du quotidien » au brûleur à gaz retourné pour donner La Vénus à Gaz, un rare ready-made signé Picasso, en passant par cette quantité de petits objets, papiers découpés, fils de fer ou capsules précieusement gardés par Dora Maar et que les collectionneurs s’arrachent… Inconnus, ces chefs-d’œuvre là le sont sûrement. Mais que le public se rassure, des peintures grandioses sont également présentes dans l’exposition.

Pablo Picasso, Femme assise sur la plage, Paris 1937. © Succession Picasso 2018

Prendre le temps d’admirer

Courant sur deux étages, le parcours de l’exposition s’attarde au rez-de-chaussée sur des œuvres picturales emblématiques, comme par exemple le tableau Science et Charité de Picasso, peint à l’âge de 16 ans et prêté par le Musée Picasso de Barcelone, qui s’accompagne ici de nombreuses esquisses et dessins préparatoires. Dans ce cas le chef-d’œuvre se pense et se mûrit, mais il n’est pas forcément unique, comme en témoigne la série des Arlequins, dont trois toiles sur cinq sont présentées dans l’exposition. Celui de Bâle a d’ailleurs était acquis par la ville suisse grâce à la mobilisation de ses citoyens en 1967, comme le montrent plusieurs photographies. Un chef-d’oeuvre, c’est aussi celui que l’on s’arrache.

La salle des Baigneuses rassemble pour la première fois en France les trois tableaux peints par Picasso en février 1937 sur ce thème. Autour, des dessins ou photographies nous permettent d’approfondir l’univers de ces baigneuses énigmatiques, de connaitre leur genèse et leurs parcours, et de les voir se décliner sur plusieurs supports. Apparaît alors ce qui confère à l’exposition sa force, à savoir le pouvoir de s’attarder longuement sur une œuvre, de la décortiquer et de la documenter pour nous la faire paraître d’autant plus précieuse.

Pablo Picasso, Musicien, Mougins, 26 mai 1972 © Succession Picasso 2018

Quand la création s’éparpille

Au premier étage, les objets et les sculptures nous invitent à entrer dans l’univers intime de l’artiste qui vivait au milieu de ses œuvres, comme en témoignent les très belles photographies de Douglas Duncan prises dans les jardins de La Californie à Cannes. L’image imprimée, à travers les lithographies réalisées par Picasso pour illustrer Le Chant des Morts de Pierre Reverdy, atteignent également le rang de chef-d’œuvre et les pierres qui ont servi à leur réalisation, précieusement conservées par l’imprimeur Fernand Mourlot, n’ont même pas été totalement effacées comme le veut l’usage. Comme si l’on voulait garder une trace du génial geste premier.

Pourtant, Picasso n’a pas toujours fait l’unanimité. Un mois après sa mort en 1973, ses œuvres sont qualifiées de « gribouillages » lors de l’exposition qui lui est consacrée à Avignon. Aujourd’hui, accrochés à la manière de l’époque, des portraits colorés forment un mur de peintures étonnant d’où émergent des figures clés de la mythologie picassienne : musicien, mousquetaire, femme… Si l’on perd de vue de temps en temps le fil conducteur de l’exposition qui pourrait paraître un brin fourre-tout, on retombe tout de même sur la référence à Balzac à la fin du parcours, avec un clin d’œil à Rembrandt.

Finalement, les équipes du Musée Picasso de Paris relèvent habilement le défi de réaliser une exposition Chefs-d’œuvre ! sans les œuvres phares de Picasso. Par des chemins détournés et parfois sinueux, le parcours proposé a le mérite d’évoquer diverses facettes de l’œuvre du maître et d’explorer en profondeur certains processus créatifs de l’artiste. Une vraie belle immersion dans l’univers du génie espagnol.

Picasso. Chefs-d’œuvre !
Du 4 septembre 2018 au 13 janvier 2019
Musée national Picasso-Paris
5 rue de Thorigny, 75003 Paris
Tarifs : 12,50 € / Gratuit pour les – de 26 ans

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Journaliste, curieuse et amoureuse des mots, j'aime partager mes découvertes musicales et artistiques sur la toile.