Prêtées par le centre Pompidou à l’occasion de ses 40 ans, la quazi totalité des œuvres de cette exposition se regardent le nez par terre. Détournant la vision habituelle, c’est Marcel Duchamp qui brusqua le premier l’idée de la sculpture en plaçant un porte-manteaux au sol et non au mur. Avec Trébuchet (1917), s’entame une véritable réappropriation de ce qui était déjà. La sculpture sort de sa forme fixe influencée par des siècles d’admiration antique. Elle n’est plus ce bloc en trois dimensions autour duquel on tourne et devient tout autre…

Tribuchet
Marcel Duchamp – Trébuchet – The estate of Marcel Duchamp, Adagp, Paris

La sculpture et la terre : point d’encrage au monde

Des les années 60, après cette révolution artistique dont on vous parle toujours qui a démantelé l’idée de mimesis sur laquelle s’est fondée l’histoire de l’art, la sculpture s’offre une nouvelle définition : elle retrouve son rapport à la terre. Prouvant l’attache qu’implique la gravité, les artistes détournent l’idée établie d’une forme que l’on appréhende à hauteur d’yeux. Ils la couchent à même le sol. Marcel Duchamp, Yves Klein et Alberto Giacometti en représente l’ampleur historique. Artistes de la période moderne, ils illustrent dans l’une des salles de l’exposition, le besoin de déconstruire ce qui était établi comme règle. Michel Blazy, plasticien contemporain, et Richard Serra se jouent de la gravité en produisant l’un une œuvre évolutive faite de papier toilette et l’autre une vidéo démontrant l’incapacité de l’homme sur les éléments. Ce qui nous retient au sol, s’est également pensé comme lien à la terre. Le land art d’abord (Robert Smisthon), puis par une manière directe de laisser sa marque au sol (Ana Mendieta).

Giacometti
ALBERTO Giacometti – Femme égorgée ©Sucession Alberto Giacometti – Fondation Giacometti et Adagp, Paris

Le corps comme matériau

Si la sculpture a traversé les siècles en se matérialisant, elle s’emparent directement des corps des artistes avec l’émergence de la performance. Cette nouvelle pratique, initialement mouvement contestataire contre l’emprise matérielle du marché de l’art, propulse l’essence de la sculpture dans la chair et ses actions. Manière de faire sa place, les femmes exposées dans À pied d’oeuvre(s), ORLAN et VALIE EXPORT, font du corps une nouvelle unité de mesure. L’espace immuable qu’occupait la statuaire d’antan se fait mouvant. C’est non seulement le corps de l’artiste qui révolutionne la mesure de l’art, mais également celui du visiteur. Pipilotti Rist le met en jeu en renversant un rétroprojecteur et en incorporant le visiteur directement dans la vidéo.

ORLAN - Vanitiexport
G : ORLAN – A quatre pattes entre les 2 pots ©Adagp, Paris – D : VALIE EXPORT – Körperkonfiguration, Identität ©VALIE EXPORT

Jeux optiques & jeux de matières : une autre façon de matérialiser l’espace

Plus encore que tout ces détours de mises en scène et de prise sur l’espace, c’est sur la définition même de la sculpture comme forme en trois dimension que s’arrête l’exposition. En questionnant l’impact de la perception avec l’œuvre de Carl Andre qui semble sortir du sol par un jeu de lignes géométriques tout en affirmant sa planéité, ou en interrogeant sur la limite entre le rond de bosse et l’application épaisse de la peinture sur la toile avec Study for Large Floor de Rachel Whiteread, la sculpture semble être prises entre plusieurs positionnement.

Serra - Blazy
G : Robert Smithson, Spiral Jetty © Adagp, Paris – D : Michel Blazy – Sans titre – ©Adagp, Paris

A pied d’oeuvre(s), jusqu’au 9 juillet
Monnaie de Paris, 11 quai de Conti, 75006 Paris
Plein tarif : 10€, tarif réduit : 7€
PDF24    Send article as PDF