Hervé Le Tellier, membre de l’Oulipo (ce groupe de littéraires et mathématiciens, crée dans les années 60, qui pense les contraintes dans l’écriture comme un puissant stimulant pour l’imagination) et pilier de l’émission « Les papous dans la tête » diffusée sur France Culture, nous offre, avec « Moi et François Mitterrand » un texte d’une géniale absurdité.

Hervé, homonyme de son créateur, entre sur scène sur une musique solennelle, dans un décor très chic semblable à un cabinet ministériel. Il vient nous tenir une sorte de conférence, qui sonne comme une révélation, sur sa correspondance avec François Mitterrand. Tout commence à l’été 1983, lorsque notre homme, alors tranquillement en vacances dans le bassin d’Arcachon, écrit une carte postale au Président. Il lui raconte qu’il va bien, qu’il fait beau, qu’il passe du très bon temps malgré des huîtres légèrement laiteuses… Un courrier fort passionnant, en somme ! Quelques mois plus tard, Hervé reçoit une réponse. La lettre est bien sûr une lettre-type, rédigée par quelque secrétaire du Président, qu’Hervé nous expose grâce à un rétroprojecteur et qui tient à peu près ce langage : « Monsieur, j’ai bien reçu votre lettre et je vous en remercie. Soyez certain que mon équipe et moi-même prenons toutes vos remarques en considération blablabla… ». Seulement voilà, notre bon vieil Hervé, lui, est persuadé qu’il s’agit là d’une lettre écrite par le Président lui-même. C’est la naissance d’une grande amitié ! Il écrira comme cela durant des années au chef du gouvernement, faisant état de ses tribulations amoureuses ou professionnelles; recevant encore et toujours la même lettre-type… Pas de problème pour Hervé. Lui parvient toujours à y trouver différentes interprétations, et qui sont toujours en adéquation avec sa situation du moment. Sans jamais interrompre sa correspondance avec Mitterrand, Hervé se sent par la suite obligé d’écrire également à tous ses successeurs : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy puis… puis ? Ah oui, François Hollande ! Tous renverront l’exacte même lettre, mais là encore, rien n’arrête Hervé ! Les lettres sont bel et bien différentes, puisque les écritures sont différentes : là où François Mitterrand correspondait avec style et finesse, Nicolas Sarkozy devient soudainement grossier.

Ayant assez vite compris le mécanisme sur lequel repose le spectacle, on a d’abord un peu peur que l’histoire ne tienne pas la route et ne nous tienne pas en haleine, par la même occasion. Que nenni ! Le texte, d’une grande intelligence, qui balaye trente années de politique, parvient toujours à nous surprendre et à nous sortir de nos attentes. Interprété par Olivier Broche, talentueux comédien notamment célèbre pour avoir participé aux superbes « Deschiens » nous offre un très beau moment de théâtre. Extrêmement drôle et touchant, un brin perché, il campe à merveille cet homme simple empli de solitude qui rend la salle hilare. Une très jolie création à découvrir vite au Théâtre du Rond Point.


Moi et François Mitterand
Théâtre du Rond Point
Horaires : du mardi au samedi : 18h30, le dimanche : 18h30. Relâche les lundis, et les 1er, 2,3, 4 et 11 novembre.
Jusqu’au 20 novembre 2016
Durée : 1H15
Tarifs : à partir de 31,50 euros