Présent dans « Le bureau des légendes », série sur la DGSE et les services secrets français, ou plus récemment dans « Les Revenants » sur Canal+, Michael Abiteboul est un acteur aux multiples facettes, qui a fait de sa passion un métier.  Untitled Magazine a pu s’entretenir avec lui. Il revient pour nous sur son rôle dans la série « Le bureau des Légendes », aux côtés de Mathieu Kassovitz et Léa Drucker, tout en évoquant sa riche expérience d’acteur.            

Untitled Magazine : Pouvez-vous nous décrire le rôle de votre personnage dans la série « Le bureau des Légendes » ?

Michaël Abiteboul : Mon personnage, « Mémé » fonctionne en binôme avec « Pépé », joué par Alexandre Brasseur. Ce sont deux agents chargés de la sécurité du bureau des Légendes. Ils fonctionnent comme un couple. Ils se connaissent parfaitement bien. Ils sont débonnaires, pince-sans-rire, efficaces. Je dirai que « Mémé » est un poil plus taquin que « Pépé ». Mais on est dans une unité de mesure subtile. Ce sont des personnages taiseux. Qui parlent rarement pour ne rien dire. Une des indications d’Eric Rochant dans la préparation était : ce sont des gens normaux. Pas besoin d’essayer de jouer la dureté ou l’assurance. Ils te parlent normalement. La différence est peut être qu’ils ne quittent jamais leur interlocuteur des yeux. S’ils doivent agir, ils le font. Sans avertissement. Si on leur dit de sécuriser un lieu, ils le font. Si on leur dit de casser un bras à quelqu’un et de lui faire peur, ils le font. Sans poser de question. C’est leur boulot. 

U.M : Comment avez-vous préparé votre rôle en amont du tournage, dans cet univers nébuleux des services secrets ?

M.A : L’univers ça impressionne au début. Ça intrigue. J’aurai adoré pouvoir aller faire un tour à la DGSE comme l’ont fait Mathieu Kassovitz et Jean Pierre Daroussin. Enfin, un tour très encadré j’imagine. J’aurai bien postulé pour un stage d’un mois à la DGSE mais on m’a fait comprendre poliment que ce n’était pas un film de science fiction et que je pouvais toujours aller relire l’oeuvre complète de John le Carré si je voulais approcher ce milieu. On a compris assez vite qu’il ne fallait pas jouer l’image qu’on pouvait avoir d’un agent secret parce que de toute façon elle est fausse. Il a fallu apprendre à se détendre dans ces personnages surtout et faire confiance à Eric Rochant. Il pose des bases, des lignes de personnages et puis à nous d’en être les garants avec les différents scénaristes qui se succèdent dans la fabrication de la série. Mais pour « Pépé et Mémé » la détente et l’assurance avec une pointe d’humour sous jacente sont des bonnes fondations de personnages. Je pense que c’est seulement en cours de saison 1 que je me suis senti légitime pour jouer « Mémé ». Et  puis j’ai revu pour la cinquième ou sixième fois « Les Patriotes » dans cette période. Ça m’a aidé.

U.M : D’ailleurs, est-ce cela qui vous plait dans le métier d’acteur, se retrouver à jouer des rôles très différents et originaux du jour au lendemain ? 

M.A : C’est justement une des choses que j’aime le plus. Passer d’un univers à un autre et pouvoir explorer de nouveaux personnages. Je peux le dire, dans l’autre sens aussi, ça marche : passer d’un personnage à un autre et pouvoir explorer de nouveaux univers. C’est ludique chez moi comme approche. Je me dis que je n’aurai pas d’autre occasion d’apprendre telle ou telle chose.
Une fois, j’ai pu passer 10 jours avec un groupe de la PJ et des stups pour préparer un film. C’était extraordinaire comme expérience. Ou apprendre le Sirtaki une autre fois pour un film en Grèce.
Les dernières années, je suis passé d’un bordel à Paris en 1900 aux tranchées de la première guerre mondiale ; d’une comédie romantique contemporaine à un revenant dévoré d’amour ; d’un avocat de province aux dents longues à un père de famille qui devient peu à peu invisible pour sa famille nombreuse. Ou encore un agent secret silencieux et discret. Alors oui, c’est plutôt pas mal d’être payé pour « jouer ». Ça fait un pont entre l’enfant et l’adulte qui cohabitent en moi.

U.M : Qu’est-ce que cette série à pu vous apporter personnellement et professionnellement ? 

M.A : Comme une autre série ou film, elle apporte une pierre à mon édifice. Je n’ai pas encore bien idée de ce à quoi il ressemble cet édifice, mais je l’aime bien. Il me ressemble. De bonnes fondations solides et pourtant, un peu de guingois.
Chaque projet est particulier avec des qualités et des défauts. « Le bureau des légendes » est un projet d’une grande exigence. Dans l’écriture d’abord et dans la sobriété d’interprétation demandée par Eric Rochant. On y croise et rencontre beaucoup de monde. Différents réalisateurs, de nombreux acteurs et différentes équipes techniques. Il est arrivé certains jours que trois équipes tournent en même temps. Les acteurs passent même parfois de l’une à l’autre le même jour. Il ne faut pas se perdre là-dedans. C’est le danger. On y arrive plutôt bien je trouve. Eric y veille et tient la barre.

U.M : Faites-vous partie de la deuxième saison du bureau des légendes ?  Quels sont vos projets ?

M.A : Oui je fais partie de la deuxième saison de la série ainsi que « Pépé ». Et quant à mes projets personnels, eh bien c’est difficile de les dissocier des projets professionnels tant ce métier est présent dans nos vies. C’est même étrange de parler de métier pour moi.
C’est peut-être une des façons que j’ai trouvée de dealer avec la dureté de la vie. Et jusqu’à présent ça fonctionne. Je pense qu’on est pas mal d’acteurs dans ce cas. En vrai, j’en sais rien. Mais j’aimerai devenir bilingue en anglais. Je me débrouille même s’il y a un océan entre là où je suis et là où je voudrais être. Alors je vais bosser si je veux un jour pouvoir jouer dans la saison 3 ou 4 de « The Leftovers » ma série préférée à ce jour (même un rôle muet, je serais content).

U.M : Dans la série, votre personnage représente  « les gros bras » de la DGSE. Et dans la vie de tous les jours, vous êtes plutôt bagarre ou câlin ?

M.A : Je suis absolument les deux. Ça n’est pas pour rien que je navigue entre des rôles de très bons gars et d’autres de parfaits gros cons ou de psychopathes, que j’adore jouer aussi. Je crois que c’est comme ça, il y a un mélange de bisounours et de type pas très recommandable chez moi. J’ai beau travailler dessus mais c’est bien ancré. J’ai l’air d’un garçon affable et doux, et dix secondes plus tard, j’ai un regard qui fait froid dans le dos. C’est mon ami Dimitri Storoge qui me dit ça. Alors je le crois, puisque c’est un ami.

© Tommy Kibranian
© Tommy Kibranian

http://www.michaelabiteboul.com

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