Master of none, notre critique

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Comment ne pas tout de suite tomber amoureux d’une série dont le générique du premier épisode se trouve être un morceau de Jacques Dutronc ?

Master of None porte bien son nom : Dev (Aziz Ansari) est doué pour ne pas faire grand chose. Mais sous ses airs de série un peu cliché sur un trentenaire retrouvant ses potes dans des bars New-yorkais pour draguer et parler des petits tracas de la vie quotidienne se cache une œuvre beaucoup plus intelligente qu’il n’y paraît. Le scénariste et acteur principal de la série – Aziz Ansari – ne sort pas de nulle part et a déjà un joli CV dans le milieu de la comédie Américaine. Après un court passage dans la série culte Scrubs, Aziz connait le succès grâce à son rôle Tom Haverford de Parks and Recreation et deux stand-up diffusés par la suite sur Netflix. C’est cette même plate-forme qui va lui donner l’occasion de produire Master of None et nous livrer un petit bijou dont les dix épisodes sont déjà disponibles.

Pour comprendre en quoi Master of None est génial, il faut s’attarder sur tous les épisodes. Traitant de sujets différents tout en respectant une ligne directrice spécifique tout le long de la première saison, Aziz Ansari et son co-scénariste Alan Yang font preuve d’une redoutable efficacité lorsqu’il s’agit de parler du rôle des parents, de la misogynie dans nos sociétés ou encore la naissance d’une histoire d’amour dans un épisode très rom-com. Avec des dialogues faisant souvent mouche grâce à la répartie de Dev et ses interactions spontanées avec les autres personnages, tous plus attachants les uns que les autres, Master of None séduit dès le premier épisode. Les différents protagonistes représentent bien le New-York cosmopolite que l’on connait et même si ils ne sont pas toujours présents dans les différentes intrigues leur rôle est essentiel. Ils représentent des piliers dans l’évolution de Dev car même si le titre de la série fait référence à celui-ci comme étant un « champion de rien du tout », tous les moments qu’il traverse font évoluer sa vision sur le monde, même lorsque ces mêmes moments semblent anecdotiques.

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Évidemment, dans une série avec Aziz Ansari le spectateur est en droit de s’attendre à être amusé et rassurez-vous, c’est bel et bien le cas. L’humour n’est jamais lourd et le dosage entre les rires et l’émotion parfaitement équilibré de telle sorte qu’à la fin d’un épisode, un immense sentiment de bonheur ne peut qu’envahir le spectateur. Comme dans beaucoup de séries les ressors comiques reposent énormément sur un personnage secondaire fort (Sheldon dans The Big Bang Theory ou encore Barney Stinson dans How I Met Your Mother) et c’est Arnold, joué par Eric Wareheim), qui endosse ce rôle. Ce grand nounours offre un grand nombre de scènes et dialogues hilarants de par sa grande naïveté et sa simplicité.

Pour en revenir aux épisodes et les thèmes traités, plusieurs marquent les esprits par leur justesse. Par exemple Parents montrant le dur parcours des géniteurs de Dev et ceux de son ami asiatique Brian pour arriver aux États-Unis et offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Un épisode humain, touchant, montrant les sacrifices possibles des parents. Le père de Dev a d’ailleurs une phrase très juste en qualifiant notre génération de première à pouvoir jouir de tous les petits plaisirs de la vie. Réplique d’autant plus véridique quand on sait que l’acteur jouant le père de Dev est véritablement celui de Aziz Ansari. On peut également parler de l’épisode Nashville, virée entre Dev et Rachel dans la ville du même nom pour trente minutes sous le signe de la comédie romantique tout en évitant d’être niais et tomber dans les clichés du genre. La relation naissante entre les deux personnages est particulièrement bien développée et reste logique du début à la fin. Pour finir il est important d’évoquer Ladies and Gentlemen qui parle avec brio des situations sexistes auxquelles se retrouvent confrontées les femmes dans la vie de tous les jours tout en évitant un ton dramatique. Dans la rue, au travail, dans les relations sociales, sur internet… rien n’est laissé au hasard et tout est abordé avec beaucoup d’intelligence. Vous l’aurez compris, les épisodes peuvent être pris au cas par cas et même si certains sont plus faibles l’ensemble reste homogène et terriblement efficace. Chacun aura ses préférences.

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Mais Master of None c’est également une réalisation très soignée. Des couleurs chaudes et lumières tamisées de bars branchés, une photographie impeccable et des plans pour le moins intéressants (notamment le premier épisode lorsque Dev joue avec les enfants de son amie). La bande originale possède de nombreux morceaux sympathiques. Entre Toto – Africa, Jacques Dutronc – Il est cinq heure Paris s’éveille ou encore D’Angelo – Devil’s Pie, on en trouve pour tous les goûts. Aziz Ansari se permet même des choix audacieux dans le développement de sa série comme une ellipse de deux ans et ce, dès la première saison.

Sans être d’une originalité folle Master of None arrive à séduire facilement grâce à de petits ingrédients qui fonctionnent à merveille. Une série indispensable avec des morceaux de vies qui peuvent sembler anecdotiques mais traités avec tellement d’esprit qu’ils offrent un résultat parfait. Le tout respire la joyeuseté avec ses personnages attachants qui ne donnent qu’une envie : les retrouver pour une saison 2. Et vu le succès critique on peut être sûr que Netflix exaucera notre souhait !

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