Une rentrée littéraire entre le melon et le raisin.

Dans la droite lignée du « manger bon et manger bien », Véronique Chapacou, auteure culinaire, publie aux éditions de l’épure son Manifeste pour la saisonnalité. À retrouver en librairie à partir du 10 septembre.

Piqûres de rappel. Voilà comment pourrait être sous-titré le chaleureux Manifeste pour la saisonnalité de Véronique Chapacou. Alors que le trouble sanitaire persiste depuis le début la pandémie du Covid 19, influençant les rapports des femmes et hommes à la nature et aux nourritures qui en émanent, ce concis texte vient rappeler le b.a.-ba d’une consommation saine autant pour la terre que pour ses habitant.e.s.

Écrit en mars 2020, comme nous l’annonce une maligne note de l’éditeur, on imagine aisément à quel point le texte a vibré face à un retour du plastique hygiénique emballant chaque fruit et légume, de la fermeture des marchés au profit de la grande distribution, mais aussi face à l’augmentation dans les rayons des produits issus du territoire français, fermeture des frontières oblige. Pour autant, ce texte n’est ni anachronique ni opiniâtre. En le lisant nombreuses sont les informations qui ne paraîtront pas nouvelles aux yeux du lecteur et de la lectrice averti.e, habitué.e à une maison d’édition au catalogue déjà conséquent en matière de littérature savoureuse et saine. Mais il pourrait y avoir de l’inédit. Il suffirait simplement pour cela d’assaisonner le texte de chiffres tous plus actuels les uns que les autres. Car au rythme où les lois évoluent, sont retoquées, ou bien utilement suspendues, une littérature de rapports agroéconomiques serait à même de garantir son lot de surprises régulières à ses lecteur.trice.s. Mais là n’est pas l’intention de Véronique Chapacou.

Assurément donc, certaines réflexions semblent ne nous avoir jamais quittées, pleines de bon sens qu’elles sont. Mais où étaient-elles lorsque nous savourions des haricots verts frais en plein hiver ? Que nous choisissions une tomate mozzarella aux premières lueurs du printemps ? Que nous nous régalions d’huîtres non laiteuses au mois de juin ? C’est là que nous rencontrons l’énergie et la sagacité de ce texte. Ranimant un bon sens qui semblait jusque là se manifester sporadiquement suivant les envies et les prix, il enjoint à retrouver l’action qui se cache dans chaque acte de consommation. Sans moraliser le.la lecteur.trice, sont adjoints à ces remarques d’utiles liens externes pour poursuivre ce régime aux multiples répercussions environnementales, économiques, sociales, sanitaires, etc. Et cela d’autant plus quand nous dépassons les seules saisonnalités des fruits et des légumes pour s’intéresser, avec Véronique Chapacou, à celle des poissons et crustacés, des fromages et, dans une moindre mesure, à celle de la viande. Encore un étonnement qui n’en sera pas un, mais il semblerait bien que toutes matières vivantes possèdent leur rythme propre. Finalement, il serait faux de dire qu’il n’y a que des re-découvertes dans ces concises vingt quatre pages du manifeste.

Même si nous pouvons regretter le non-développement de certaines réflexions comme celle sur la consommation de produits exotiques, ce Manifeste pour la saisonnalité devrait être disponible à chaque entrée de lieu de consommation. Question de santé publique.

Manifeste pour la saisonnalité, Véronique Chapacou, les éditions de l’épure, 2020, 24 pages, 9 euros.