Jusqu’au 25 février, la Fondation Cartier fait danser les clichés de Malik Sidibé. Avec plus de 250 œuvres, « Mali Twist » propose un éclairage frais, enjoué et chaleureux de la pratique du photographe. 

Malik Sidibé (1935-2016) vient d’une famille d’éleveur cultivateur malienne. Il fait des études d’art, obtient un diplôme d’artisan-bijoutier et commence la photographie par hasard, grâce à un gérant de studio qui l’avait employé pour décorer son magasin. Un Kodak à la main, il capture son quotidien, celui de sa famille, de ses proches. Il fige alors l’insouciance, le bonheur d’indépendance et la légèreté. En 1962, il inaugure son premier studio Photo, lieu où pétillent les rires, où les pauses s’affirment et où les modèles s’assument. Sa maîtrise de l’objectif, du cadrage et la bonne humeur communicative qui s’échappe de ses clichés ont su imposer ce photographe comme l’un des plus grands artistes africains.

G : Malick Sidibé Un jeune gentleman, 1978 Tirage gélatino-argentique 40,5 x 30,5 cm Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris © Malick Sidibé – D : Malick Sidibé Mon chapeau et pattes d’éléphant, 1974 Tirage gélatino-argentique 60,5 x 50,5 cm Courtesy CAAC – The Pigozzi Collection, Genève © Malick Sidibé

La photographie comme témoin identitaire

Par ses images noires et blanches, Malik Sidibé fige non seulement les caractères humains, leurs modes et leurs atours, mais également -et surtout- leur manière d’être. Une pose, un regard, une attitude ; un geste, un mouvement, une philosophie de vie. Alors que le Mali vient de prendre son indépendance vis-à-vis des colonies françaises (en 1960), les années 1970s palpitent. La danse y est maîtresse. Les genoux se plient, les bras se tordent, tout bouge. On entend presque la musique chanter dans les morceaux d’images. Dans ces années yéyé, le rock laisse aux corps toute l’ampleur de leur expression. Un corps qui s’habille et qui, par les clichés de Malik Sidibé, fixe la mode. Outre le fait qu’il ait photographié le couturier Amadou Ballo, les tissus sont magnifiés. Dans un pli, dans un geste, se trouve l’attachement aux matières textiles qui caractérise un certain goût. La mode s’établit alors comme une revendication identitaire. Dans un tout jeune Etat, les habitants semblent fêter la liberté : la liberté de se mouvoir, la liberté du corps, la liberté de paraître. L’identité nouvelle s’affirme entre mode, musique et posture.

Une exposition qui colle le rythme aux doigts. On a envie de danser (la bande son qui passe dans l’espace d’exposition n’y est pas pour rien), on a envie de rire, d’aimer et de découvrir. Une parfaite manière de commencer l’année.

G : Malick Sidibé Danser le twist, 1965 Tirage gélatino-argentique 100,5 x 99 cm Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris © Malick Sidibé – D : Malick Sidibé, Nuit de Noël, 1963, Tirage gélatino-argentique, 100,5 x 100 cm Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris © Malick Sidibé

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Malik Sidibé, Mali Twist, jusqu’au 25 février 2018
Fondation Cartier, 261, boulevard Raspail, 75014 Paris
Tarif plein : 10,50€ / tarif réduit : 7€

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Rédactrice en chef de la section art - La tête en l'air, les yeux droit devant, le cœur accroché, la main vive, la langue déliée et l'amour de l'art, toujours.