Cet été la maison rouge est à l’animal. La fondation présente deux artistes du 8 juillet au 18 septembre, liés tous deux par leur curiosité du vivant. Eugen Gabritschevsky, un fou à l’univers torturé et Nicolas Darrot, artiste contemporain à la bricole drôle et perçante. Hommes et animaux y sont enlacés pour notre plus grand plaisir.

La folie, prisme tortueux d’un enfer sur terre – Eugen Gabritschevsky

Eugen Gabritschevsky (1893-1979) était russe. Issu de la grande bourgeoisie érudite, il entame de brillantes études en biologie et génétique des insectes. Malheureusement, son intelligence ne le préserve pas des affres de la maladie et, très jeune, il est sujet à de graves troubles psychiques souvent assimilés à la schizophrénie. A 38 ans, et jusqu’à sa mort, il est enfermé à l’hôpital psychiatrique de Haar-Eflingen, en Allemagne. Sa peinture, emprunte de solitude, devient sa seule source d’évasion, moyen irrépressible d’expression. Cauchemar peint, le monde parallèle qu’il propose se révèle d’une folle clairvoyance.

L’univers qu’il met en forme est énigmatique, obscur et témoigne des tourments de son âme. Paysages désertiques, matérialisation de l’isolement, représentation de corps étrangers, persécution obscure et foisonnements inquiétants marquent les douleurs de cet artiste qui semble ne pas pouvoir se détacher de la noirceur qui l’entoure. Ses travaux au fusain, à la gouache, l’emploi de couleurs sombres, font état du paradoxe que l’art permet parfois : celui de montrer l’angoisse par la beauté. Metteur en scène cinglant, Eugen Gabritschevky enferme une autre dynamique dans sa production, celle d’une vie colorée et foisonnante, grouillante, pullulante d’êtres burlesques. Théâtre de vie aux personnages humanoïdes terrifiants, aux animaux étranges, de ces peintures-là trébuchent l’horreur et le ridicule. Doucement bercé par des airs de mystiques apocalyptiques, le visiteur se verra enfermé dans un univers fascinant où l’inconnu se fait animal menaçant.

Jean Dubuffet remarqua son travail et lui donna visibilité. Une découverte forte, qui joint à l’art, la perception lucide d’une déroutante poésie.

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DETAILS. A Gauche : Eugen Gabritschevsky, Sans titre, 1944, gouache et aquarelle sur papier, Collection Chave, Vence – Au Centre : Eugen Gabritschevsky, Sans titre, août 1946, gouache sur papier photographique, Collection privée, New York – A Doite : Eugen Gabritschevsky, Sans titre,s.d., gouache sur papier photographique, Collection privée, New York

L’animal machine, narration d’une vie nouvelle – Nicolas Darrot

Bidouilleur du vivant, Nicolas Darrot (né en 1972, au Havre) est un ancien élève des Beaux-Arts de Paris. Il est aux prises avec une création ultra contemporaine où se mêle science et art, mécanique et poésie. De son atelier, qu’il considère comme un laboratoire, sortent d’étranges pièces qui poussent au culte, qui poussent à rire et qui, parfois, font froncer les sourcils.

Sorciers, magiciens, chamanes, sont presque désuets de nos jours, illusionnistes et bricoleurs les ont remplacés. Pourtant leurs rôles s’assimilent et se confondent. Créateur d’une vie autre, Nicolas Darrot transforme des insectes en machines du futur, fait danser des toiles de parachutes et articules des petits personnages androïdes. Marionnettes terrifiantes et drôlissimes, animations absurdes et possédées, sculptures enchanteresses et engagées, son travail est celui des faux semblants. Il oscille entre le bien et le mal (Shaman 2, 2008), entre l’amusement et la pitié (Curiosa, 2008), le beau et l’angoissant (Misty Lamb, 2016). Une part d’onirisme émane de ces œuvres et occupe tout l’espace.

Dissection d’un monde où rien n’est lisse, le travail de Nicolas Darrot est un véritable enchantement. Avec cette exposition Règne Analogue, il ouvre la perspective d’un monde autre où le pouvoir n’est pas forcement là où il semble être.

PicMonkey Collage
A Gauche : Dronecast, 2008, matériaux divers, 30x40x18, collection privée France – Au Centre : Curiosa, 2008, matériaux divers, 20x19x19, collection privée France – A Doite : Dronecast, 2002, matériaux divers, collection privée France

La Maison Rouge, fondation Antoine de Galbert
10 bd de la Bastille, 75012 Paris
Du 8 juillet au 18 septembre 2016
www.lamaisonrouge.org

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