Magyd Cherfi, parolier du groupe Zebda, livre ici une autobiographie romancée sur ses années jeunesse et son grand tiraillement entre l’école républicaine française et ses origines algériennes.

Après La Trempe et Livret de famille, Magyd Cherfi, un des leaders du groupe de musique Zebda, publie son troisième ouvrage, Ma part de Gaulois, chez Actes Sud. Sous forme d’autobiographie plutôt « romancée », l’écrivain revient sur l’année 1981, celle de son bac et de sa jeunesse au sein d’une banlieue défavorisée française.

Récit identitaire

1981, quartiers nord de Toulouse, c’est l’année du baccalauréat pour Magyd, petit Beur de la rue Raphaël et sa bande. Une simple formalité pour les Français mais un événement pour ces enfants du quartier. Imaginez donc, le premier arabe à avoir son bac dans la cité ! Une consécration pour Magyd, mais surtout la fin d’un long bras de fer avec sa mère, de l’incessante pression et des persécutions de sa bande. Mais après l’école, il ne fait toujours pas bon être un « intello ». Et Magyd et ses deux acolytes, Samir le militant et Momo l’artiste, en feront bien souvent l’expérience.

Le futur premier bachelier est un symbole, il incarne la satisfaction, l’aspiration mais aussi l’admiration… Tantôt il se place en grand frère auprès des plus jeunes de la cité, apportant un soutien scolaire, tantôt il fait le bonheur des jeunes filles en rédigeant des pièces de théâtre aux rôles à la hauteur de leurs rêves. Mais souvent décrié, Magyd se fait régulièrement fait traiter de « pédé », souvent repoussé par ceux qui n’ont pas soucis de suivre la même voie que lui, celle de la lecture et de l’écriture. Avec en fond, les rumeurs annonçant l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, ce récit est un véritable combat contre les chantiers permanents de l’identité et les impasses de notre république.

Vif, poignant, Ma part de Gaulois est un récit intimiste qui nous propulse dans la tête de ces adolescents, handicapés par le poids des assignations identitaires, qui tentent de s’en défaire, en prenant le chemin de la création.

Dans ce livre plein d’autodérision, Magyd Cherfi nous offre une belle réflexion sur la France, sa langue, ses banlieues et son désordre identitaire.

« Ma part de Gaulois », Magyd Cherfi, Editions Babel/Actes Sud, 272 pages, 7,80€

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Journaliste et fondatrice de untitledmag.fr Contact mail : m.heckenbenner@untitledmag.fr